Dans les veines ce fleuve d’argent

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fleuve_dargentDario Franceschini
Traduction Chantal Moiroud
Paru chez Gallimard, Folio

À l’heure où sa vie approche de son automne, Primo Bottardi décide de revenir sur les lieux de sa jeunesse et de retrouver un ami qui lui avait posé quarante ans plus tôt une question à laquelle il n’avait pas su répondre. Son périple le ramène au bord du Pô, parmi les pêcheurs d’esturgeons, dans une atmosphère de brume et d’eau qui change la plaine en un mirage infini. La présence immémoriale du fleuve imprègne les faits et gestes des hommes. Elle nourrit leur vie, s’insinue dans leurs rêves et les saisit parfois de crainte ou d’effroi, jusqu’à la tragédie finale qui confère au récit les accents définitifs du mythe. On a pu parler à propos de ce roman de « réalisme magique ». La lenteur du voyage, le pittoresque des personnages, la douceur des rencontres et le sortilège de maints épisodes contrastent avec la silencieuse et obscure pression du destin que l’on sent peser sourdement et qui révélera enfin son visage dans une scène inoubliable et foudroyante.

Ce petit roman est un véritable voyage, à la fois lent et trop court, paradoxalement. Nous partirons en compagnie de Primo Bottardi sur les rives du fleuve de son enfance, à la recherche de l’un de ses camarades de classe. Primo, cet homme qui confond le silence et le froid et qui peut se promener dans les rêves des autres, prend son temps et laisse les souvenirs remonter à la surface. Il retrouvera ainsi l’environnement qui a bercé son enfance et sa jeunesse, un environnement où le grand fleuve tranquille est omniprésent. Le fleuve qui nourrit les hommes et les emporte parfois, comme la famille décimée de cette femme qui pleure tous les matins. Il se souviendra des pêcheurs d’esturgeon, des histoires de sa grand-mère, des lavandières, des odeurs… Il écoutera également Artioli, le charretier, dévider ses souvenirs. Chacune des vies qu’il croise est liée inexorablement au fleuve. Un vieux haleur dira en parlant de l’eau : « Nous la regardons chaque matin, nous la buvons, elle nous fait vivre, nous en rêvons la nuit. Notre monde est ici, entre les digues, et c’est là que nous voulons mourir. En dehors, c’est la terre des autres. ». Primo réalisera qu’il fait un voyage dans le temps, une sorte de retour à la source… Nous suivrons son cheminement au fil des pages, jusqu’à ce qu’il nous révèle cette fameuse question posée par son camarade quarante ans auparavant et sa réponse.

Les personnages sont attachants et très pittoresques. Il s’agit de vies simples et tranquilles, de gens bons. Au fil des rencontres, on découvre la vie (d’autrefois) le long du fleuve, où le temps semble être suspendu un instant…

Le texte est très beau et coule tout seul, parfaitement en harmonie avec le sujet. J’aurai aimé que tout cela dure un peu plus et à la fois, il ne manque rien à ce récit poétique et touchant. Je remercie Livr@ddict et Gallimard pour ce superbe partenariat.

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