David Gemmell – Interview de Stéphane Marsan

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Hier, Stéphane Marsan, co-fondateur et directeur de la publication de Bragelonne, a eu la gentillesse de répondre à mes questions au sujet de David Gemmell.

J’ai lu récemment la trilogie Troie de David Gemmell et j’ai été conquise d’emblée. J’ai cru comprendre que Gemmell est l’auteur phare de votre maison, comment l’avez-vous déniché ? Par hasard, je suis tombé sur ses premiers romans en 1999 et je me suis rendu compte qu’il y avait là une voix unique dans le genre et une efficacité brute d’une puissance inouïe. Quand je me suis renseigné sur son compte, je me suis aperçu que Gemmell était le best-seller de la Fantasy en Angleterre avec Terry Pratchett et que je n’étais donc pas le seul à le trouver formidable ! Il n’avait jamais été traduit en français, sans doute à cause de son originalité : jusqu’aux années 2000, la Fantasy était très largement dominée par la High Fantasy héritée de Tolkien, à côté de laquelle Gemmell faisait un peu tache, avec ses personnages fondamentalement humains, ses valeurs concrètes et ses récits proches du western et du film de guerre…

Avez-vous su d’emblée qu’il rencontrerait ce succès ? On n’est jamais sûr de ça. Il y a toujours 1000 raisons de penser qu’un roman va être un échec ; c’est beaucoup plus difficile de trouver des raisons pour lesquelles il devrait immanquablement rencontrer le succès ! On ne peut être sûr que d’une chose : on aime un livre et on va tout faire pour partager sa passion. Après coup, on rencontre beaucoup de gros malins pour dire qu’il était évident qu’il deviendrait un best-seller. Ah ben, c’était une évidence pour personne vu que tous les éditeurs français l’avaient refusé… Par contre, dès qu’on a sorti LEGENDE, le premier roman de Gemmell que nous avons publié en novembre 2000, nous avons tout de suite constaté qu’il se passait quelque chose : non seulement ce roman connut un succès immédiat, mais une fidélité exceptionnelle est née chez les lecteurs français pour  son auteur.

Qu’est-ce qui fait un auteur phare ? Est-ce le contenu de ses écrits ou bien le volume des ventes ? On ne peut dissocier les deux. C’est la spécificité d’un auteur, ses qualités, et l’adéquation avec un moment précis qui provoquent sa rencontre avec le public. Le volume des ventes en découle, parce qu’il signale l’engouement d’un large public pour ses écrits, mais que ce soit un joli succès ou un phénomène mondial et historique, je ne pense pas que ça change grand-chose à ce qui fait un auteur phare. Le cas de Gemmell est emblêmatique : plus encore qu’un écrivain, ses lecteurs ont l’impression de rencontrer l’homme qu’il était, tant ses récits reflètent l’authenticité et la sincérité de sa personnalité. Il est donc plus qu’un auteur de référence dans un genre précis, il fait entendre la voix d’un homme qui transmet un message à ceux qui le lisent.

Votre rythme de publication est très soutenu, comment sélectionnez-vous vos nouveaux auteurs ? A la fois en prenant un grand plaisir à les lire et en se demandant quel rôle ils peuvent jouer dans la représentation des genres sur le marché et par rapport au lectorat. Pour être plus clair, on se dit : ça me plait, mais est-ce que ça sert à quelque chose de le publier maintenant ? Envoyer un roman à la casse en sachant d’avance que très peu de gens le remarqueront et l’apprécieront, c’est pas très marrant et ça peut ruiner la carrière d’un auteur prématurément. Mais il y a tant d’auteurs et de romans formidables qu’on a envie d’en faire découvrir le plus possible ! Il faut trouver un équilibre, une stratégie, une démarche logique à travers ces questions.

Tous les livres ne sont pas amenés à devenir des best-sellers. Est-ce que vous évaluez les potentielles futures parutions par rapport à vos auteurs qui marchent ou bien avec un œil tout à fait objectif ? Les deux. Tous les indices qui permettent d’affiner nos prévisions par rapport au potentiel commercial d’un roman et à la pertinence de le publier sont à considérer. Etre objectif, ça consiste à ne pas tout miser sur le plaisir perso qu’on a eu à lire le livre… c’est pas toujours facile ! Plus encore, il y a des degrés de succès. Non seulement tous les livres, comme vous dites, ne sont pas promis à être des best-sellers, mais certains promettent de toucher 3000 lecteurs, disons, ce qui est très correct, d’autres moins de 1000, et là c’est plus chaud parce que l’on sait qu’a priori on perdra beaucoup d’argent à cause d’eux, mais ils ont aussi leur légitimité. Si on ne publiait que des romans destinés à casser la baraque ils se gêneraient les uns les autres. L’éditeur doit composer un paysage divers de la littérature dont il s’occupe de façon à faire plaisir au plus de gens possible.

Pour en revenir à Gemmell, il est malheureusement décédé, mais vous n’avez pas encore publié tous ses livres. Comptez-vous poursuivre ? A votre avis ?! Bien sûr, nous avons encore quatre romans à publier sur les deux ans qui viennent.

C’est son épouse, Stella, qui a terminé le tome 3 de Troie. Ceci ne transparaît pas à la lecture, je trouve. Pensez-vous qu’elle va « reprendre le flambeau » ? Si elle le fait, envisageriez-vous de la publier chez Bragelonne ? La complicité de l’écriture de Stella avec celle de Dave est absolument stupéfiante. Elle est due à la connaissance profonde qu’elle avait de lui, de sa personnalité, de sa vision du monde. Et à l’évidence de son propre talent d’écrivain. A la mort de Dave j’ai reçu une lettre d’elle pour me remercier des condoléances que je lui avais envoyées : on jurerait que c’est David qui l’avait écrite, c’est incroyable. A part ça…  Non, Stella ne va pas reprendre. Ecrire des romans ne l’intéresse pas. Elle devait à David de finir Troie, elle a rempli sa mission à la perfection, mais n’a aucune envie d’entamer une carrière personnelle dans ce domaine. En tout cas, c’est son état d’esprit à ce jour.

Il ne nous reste plus qu’à lire et relire les romans de David et à perpétuer le souvenir du grand homme…

Je remercie vivement Stéphane Marsan, d’avoir eu la gentillesse de répondre à mes questions.

A bientôt, pour de nouvelles chroniques sur David Gemmell !

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  1. Pingback: David Gemmell - Le roi sur le seuil - Le Monde d'Orin

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