Le fils du dieu de l’orage

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dieudelorageArto Paasilinna
Traduit du finnois par Anne Colin du Terrail
Paru chez Denoël, collection Folio

Cet auteur, né en Laponie finlandaise, est un acteur majeur de la littérature finlandaise et 13 de ses romans ont déjà été traduits en français.

Après avoir tenu un conseil au sommet, les Dieux païens des Finnois décident d’envoyer l’un de leurs représentants sur terre pour reconvertir le peuple finnois à la vraie foi de ses ancêtres. C’est Rutja, le fils du dieu de l’Orage qui sera l’heureux élu. Comme son apparence ne lui permet pas d’agir tel quel, sous peine d’effrayer la population, il se réincarne en un paisible propriétaire terrien, Sampsa Ronkainen, et c’est sous les traits de ce dernier qu’il entreprendra sa mission.

Passé l’avant-propos quelque peu ardu décrivant les dieux en détail (je tire mon chapeau à la traductrice !), le récit dépeint tout d’abord la vie – quelque peu routinière – de Sampsa Ronkainen, pauvre homme dont abusent tout un tas de gens qui vivent à ses crochets ou à ses dépens, selon les cas. Après avoir accepté d’échanger son enveloppe charnelle avec Rutja, le fils du dieu de l’Orage, nous suivons ensuite la mission d’évangélisation de ce dernier.

Les péripéties des personnages sont rocambolesques et la façon dont Rutja adapte le culte du dieu de l’Orage à la vie moderne et aux Finnois d’aujourd’hui est on ne peut plus truculente. Il déclarera notamment : « Tout semble aller trop bien pour vous, les Finnois. Je commence à avoir l’impression qu’il serait plus utile d’être le dieu d’un peuple plus misérable. Qu’avez-vous besoin de dieux, on vous a déjà accordé bien assez de faveurs. »

On voit Rutja recruter des disciples de tout poil, rédiger ses propres commandements et élaborer une stratégie de communication avec un pro de la pub, tout en prenant Jésus comme modèle. À force de tâtonner et sans savoir comment s’y prendre au départ, il finira par trouver l’idée lumineuse qui fera pencher la balance en sa faveur. Considérant que le partage du pain et du poisson est obsolète et que les guérisons miraculeuses semblent délicates à réaliser du fait que les maladies actuelles n’ont plus rien à voir avec les épidémies anciennes, il décidera finalement de s’attaquer aux fous et hystériques de Finlande. Après examen, il semble en effet que les principaux maux des Finnois de notre siècle soient les problèmes psychiatriques.

Bien sûr, le récit se passe en Finlande et ne saurait se dérouler ailleurs, mais ceci pourrait finalement concerner n’importe quel pays développé où les problèmes de ce genre sont désormais courants. Le christianisme a certes remplacé des croyances plus anciennes en de nombreux endroits, mais il n’est lui-même plus dans le vent et le dieu argent et son acolyte le dieu profit ont désormais pris la main. Les êtres humains se perdent parfois en route dans la course au pouvoir…

Paasilinna aborde tout cela d’un ton léger, avec un humour pince-sans-rire d’une grande finesse. On ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec notre société contemporaine et d’en sourire (ce qui signifie quelque part que l’auteur a gagné son pari). Sampsa Ronkainen accepte sa situation avec la plus grande bonhomie et Rutja s’attèle à sa mission le cœur vaillant, comme si elle n’avait rien d’impossible. Pourtant, conquérir une nation entière n’est pas une mince affaire !

Ce récit est d’une originalité folle. Il faut beaucoup de talent pour mener à bien une histoire d’évangélisation et de croyances anciennes sur le ton de l’humour, sans tomber dans la pantomime. À mon sens, Paasilinna s’en acquitte brillamment.

Les personnages sont étudiés dans les moindres détails. Notre héros ordinaire est frappant de vérité et pourrait être n’importe lequel d’entre nous. Les disciples recrutés par Rutja viennent d’horizons très différents et sont très représentatifs du milieu dont ils sont issus (ou tout au moins de l’idée que l’on s’en fait généralement). Le dieu est très bien campé également, avec son côté souverain et tout puissant. Pourtant, il est faillible… Son apprentissage de la vie dans un corps humain contribue par ailleurs vivement à l’effet comique.

Je suis entrée immédiatement dans cette histoire, sans me poser de questions, et j’ai suivi le cheminement de Rutja le sourire aux lèvres. Un vrai délice et un très très gros coup de cœur. Je n’aime pas les classements, mais je le place quand même sur le podium 2010. C’est fin, très fin, ça se mange sans faim !

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