Shangaï club

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ShangaiJacques Baudouin
Paru chez Robert Laffont

En 1870, la toute jeune concession française de Shanghai ne compte qu’une centaine de Français, négociants, entrepreneurs, missionnaires, employés des messageries et quelques fonctionnaires du consulat. Trois fois moins que la concession anglaise qui lui fait face. Autant de chances, pour un aventurier déterminé, d’y faire fortune… Tel est l’objectif de Charles d’Esparnac lorsqu’il se lance dans le commerce sur le Yangzi, par où transitent jusqu’à Shanghai toutes les marchandises : soie, thé, porcelaines… destinées à l’Europe. Activité risquée : les attaques incessantes de pirates sur le « Grand Fleuve » rendent la navigation périlleuse. Mais le danger est un challenge supplémentaire pour ce jeune homme au passé trouble qui sait se battre et se faire respecter. Aidé de M Liu, son compradore, le premier Chinois à lui faire confiance, Charles va rapidement accumuler les succès : à peine deux ans plus tard, son « empire » pèse suffisamment pour qu’il bâtisse sur le Quai de France une demeure qui deviendra l’une des adresses les plus courues de la Concession tandis que lui-même s’impose comme une de ses figures emblématiques. Pour asseoir tout à fait sa position, il ne lui reste plus qu’à prendre femme et fonder une famille, une famille officielle, car il entretient une liaison clandestine et passionnée avec une prostituée chinoise qui attend un enfant de lui. Olympe de Crozes ne sait évidemment rien de tout cela quand elle quitte la France pour partir épouser Charles ; elle ne connaît d’ailleurs rien de lui… Ce qui lui convient très bien : son goût pour l’aventure, son rejet des conventions sociales et son imagination fertile parent de toutes les qualités ce vicomte de l’autre bout du monde. Cruelle déception à l’arrivée : pris dans le tourbillon de ses affaires et de ses amours secrètes, il lui accorde à peine un regard. Mais Olympe est de la trempe des véritables héroïnes, celles auxquelles la vie ne peut promettre qu’une grande histoire d’amour, celles qui ne se révèlent jamais aussi bien que dans l’adversité la plus cruelle… Car le destin, après leur avoir tout donné et fait d’eux les « princes » de Shanghai, n’épargnera pas les Esparnac, remettant sur leur route les démons du passé de Charles.

J’ai lu ce livre dans le cadre d’un partenariat Livr@ddict et Robert Laffont. Merci de m’avoir donné l’opportunité de découvrir cet auteur.

Shangaï club nous offre une grande fresque dépaysante, à travers la famille Espargnac. Au départ, Charles Espagnac, au passé trouble s’installe à Shangaï dans l’espoir de faire fortune et reconstruire sa vie. On devine qu’il a pas mal bourlingué et vécu des situations difficiles. Cette part de mystère est particulièrement intrigante et donne envie d’en savoir plus, d’autant que la personne est particulièrement antipathique. Cela dit, il faut lui reconnaître des qualités, dont celle d’être franc, entier et tenace. Ce personnage, qui est le pivot central du roman, déclenche des émotions contradictoires tout au long du roman : on le déteste, mais on espère aussi qu’il va réussir. Trempé dans l’acier, il force l’admiration et ne laisse pas de marbre. Lorsqu’il épouse Olympe, les Espargnac deviennent réellement une famille. Tout aussi résolue et forte que son mari, Olympe, qui n’aura pas la tâche facile, est quant à elle très attachante dès le départ. Au final, c’est elle la véritable héroïne du roman. Elle nous fera par ailleurs découvrir Shangaï par ses yeux.

Le roman nous offre également une découverte de la Chine de l’époque. On sent que l’auteur maîtrise bien le sujet et est passionné. Les descriptions du Yangzi sont celles d’un amoureux du pays (tout au moins, c’est l’effet produit). On visualise les paysages, les ballots de soie, les jonques,… En revanche, les descriptions des concessions étrangères sont peu détaillées et laissent plus de part à l’imagination qu’à la description elle-même. On ressent tout de même les luttes d’influence, la pression de la concurrence et l’ambiance pesante d’une petite communauté au quotidien. L’auteur souligne également le paradoxe entre la volonté de ces hommes de venir s’installer ici pour faire fortune et leur mépris des autochtones qui, je pense, rend malheureusement bien l’état d’esprit qui régnait à cette époque…

Sous l’histoire dela famille Espargnac, c’est donc celle d’un pays, d’une culture qui nous est racontée et cet aspect-là est passionnant. Le livre, écrit dans un style bien huilé, est parfait pour une lecture loisir (ou comment se divertir en apprenant des choses). En ce qui me concerne, il aura été l’occasion d’un petit voyage en Chine, pays que je ne connais pas, mais mystérieux par essence.

La fin laisse supposer qu’un deuxième opus est envisagé ou envisageable ? L’avenir nous le dira !

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