Shutter island

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shutter islandUn roman noir de Denis Lehane
Traduit par Isabelle Maillet
Paru chez Rivages

Spécialisé dans les romans policiers mettant en scène des tandems d’enquêteurs, cet ancien éducateur pour enfants en difficulté traite souvent des sujets durs avec un style léger saupoudré de pointes d’humour. Trois de ses livres (dont celui-ci) ont déjà été adaptés pour le grand écran : Mystic River, Gone Baby Gone et Shutter Island.

Nous sommes dans les années cinquante. Au large de Boston, sur un îlot nommé Shutter Island, se dresse un groupe de bâtiments d’allure austère. On dirait une forteresse. C’est un hôpital psychiatrique. Mais les pensionnaires d’Ashecliffe Hospital ne sont pas des patients ordinaires. Ils souffrent de graves troubles mentaux et ont tous commis des meurtres particulièrement horribles. D’où la présence de gardes armés sur l’île. Lorsque le ferry assurant la liaison entre Shutter Island et le continent aborde ce jour-là, deux hommes en descendent : le marshal Teddy Daniels et son coéquipier Chuck Aule. Ils sont venus à la demande du directeur de la prison-hôpital et du médecin chef, le docteur Cawley, car l’une des patientes, Rachel Solando, manque à l’appel. Il s’agit d’une dangereuse schizophrène qui a tué ses trois enfants dans un moment de crise et demeure convaincue qu’ils sont vivants. Son évasion est inexplicable, elle semble s’être volatilisée. Comment a-t-elle pu sortir d’une cellule fermée à clé de l’extérieur et franchir les barrages de sécurité ? Pour aller où ? L’île est totalement inhospitalière, bordée de falaises abruptes, baignée par de violents courants ; or, malgré les recherches entreprises sur place, Rachel n’a toujours pas été retrouvée. Daniels et Aule vont donc s’attaquer à une mission quasi impossible. Le seul indice dont ils disposent est une feuille de papier retrouvée sur le lit de Rachel Solando. On peut y lire une succession de chiffres et de lettres sans signification apparente. Est-ce l’œuvre incohérente d’une malade mentale ou ce cryptogramme recèle-t-il un message ? Ce n’est que l’une des nombreuses questions apparemment insolubles auxquelles vont se trouver confrontés les deux officiers. Sur Shutter Island, les apparences sont trompeuses, chaque chose semble avoir une face cachée et Teddy Daniels se persuade vite qu’on ne lui dit pas toute la vérité. Quel rôle jouent exactement le docteur Cawley et son inquiétant collègue le docteur Naehring ? À quoi sert exactement le phare qui monte la garde au bout de l’île ? Lorsqu’un ouragan se lève, empêchant toute communication avec le monde extérieur, Teddy Daniels et Chuck Aule comprennent que même s’ils sont censés incarner la loi, ils sont, dans les faits, bel et bien prisonniers de cet îlot peuplé de dangereux psychopathes. Et pourtant, Teddy Daniels tient à cette mission par-dessus tout. Pour des raisons qui lui sont très personnelles.

Ce roman saisit le lecteur d’emblée. Les policiers sont attachants et la situation intrigante, dès le début. Comme l’action se déroule en vase clos dans un hôpital psychiatrique pour le moins énigmatique sur une île isolée, on se retrouve immédiatement plongé dans un épais mystère et un univers oppressant. On comprend que l’enquête ne sera pas simple… De fait, la tension monte au fil des pages et on réalise rapidement qu’ils sont pris au piège sur cette île. Lorsque le dénouement arrive, il n’est absolument pas celui que l’on attendait puisque le choix semblait se résoudre à deux solutions possibles : le héros réussit à s’enfuir ou il va au-devant d’une mort certaine. Eh bien non, par un tour de passe-passe incroyable, Denis Lehane nous propose une autre fin, que l’on n’aurait jamais imaginée ! Au point qu’on se pose encore des questions sur la légitimité de ce que l’on apprend là. Et si… Non, c’est logique en fait. Oui, mais… Non, tout s’explique ! En tout cas, une chose est certaine, ce dénouement est pour le moins original et donne à réfléchir. On se retrouve finalement à ressasser les événements pour voir si tout concorde, si l’on n’aurait pas oublié quelque chose d’important, un peu comme si l’on menait l’enquête soi-même (personnellement, j’y ai passé la nuit suivante !!). Il s’agit sans aucun doute d’un roman qui marque, un de ceux qui se lisent d’une traite, sans souffler, et auxquels l’on pense encore plusieurs mois après l’avoir lu. De plus, l’écriture est fluide et le style agréable, ce qui ne gâche rien. Une chose est certaine, Martin Scorcese ne s’est pas trompé en choisissant ce livre comme scénario pour son nouveau film. Il s’y prête tout à fait !

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