Monthly Archives: November 2016

Les rêves dans la maison de la sorcière

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lesrevesdanslamaisonDe Mathieu Sapin et Patrick Pion d’après une histoire de Lovecraft
Paru chez Rue de Sèvres

Le héros de cette histoire est un étudiant en mathématiques, qui vit dans une chambre de bonne d’un quartier similaire au quartier latin parisien. Les rumeurs disent que sa mansarde fut occupée, deux siècles plus tôt, par une vieille femme jugée sorcière par ses contemporains, capable de voyager dans différentes dimensions du réel, et dont l’esprit n’aurait pas tout à fait quitté les lieux. Notre narrateur, à l’esprit aiguisé et fatigué par ses études poussées, fait des rêves de plus en plus étranges. Perd-il totalement pied ou a-t-il trouvé le chemin, guidé par cette sorcière, vers la contrée des rêves ?

Il s’agit de l’adaptation graphique d’un texte de Lovecraft.
On parle sciences, notamment de mathématiques à haut niveau et mysticisme.
Le scénario me fait penser à un Hitchcock. Ça démarre tranquillement avec des histoires de vieille femme et une maison bizarre et ça finit par flanquer franchement la frousse. On plonge si bien avec le héros dans sa folie ou ses rêves qu’on ne sait plus trop bien qui est qui et où on est… L’angoisse monte crescendo. Le lecteur est pris dans le récit comme le personnage principal est pris dans ses rêves (ou peut-être devrait-on plutôt les appeler cauchemars ?). C’est très bien fait !

Les illustrations accompagnent parfaitement le scénario, sombres, dynamiques, avec des plans audacieux qui installent un sentiment d’égarement, de tension et d’angoisse montante. Les illustrations simplement crayonnées contribuent à renforcer encore cet effet. Elles rendent parfaitement l’ambiance, à la frontière du réel et de l’imaginaire.

L’ensemble est une parfaite réussite.

De cape et de mots

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de-cape-et-de-motsDe Flore Vesco
Paru chez Didier jeunesse

Au palais, les demoiselles de compagnie se succèdent. Aucune d’elles n’est capable de satisfaire les caprices d’une reine tyrannique. Serine décide de tenter sa chance.
Avec son franc-parler et sa joie de vivre, la jeune fille va semer la zizanie au sein de la cour… Sans se douter qu’elle est en train de risquer sa vie.

Un roman jeunesse relativement court qui se lit d’une traite.

Serine conquiert tout son entourage tambour battant et le lecteur avec ! Hop, emballé c’est pesé !
Comment elle s’y prend ? Eh bien, dans le désordre, elle est naturelle, serviable, un poil fantasque, lumineuse, à l’écoute de son prochain, vive d’esprit, jolie, audacieuse, suffisamment entêtée, dotée d’une langue bien pendue… Une héroïne parfaite en somme ! Parfaite pour déjouer les complots de la Cour du Roi. Et elle aura du pain sur la planche, c’est le moins que l’on puisse dire.
Ce livre fait partie de la sélection des Incorruptibles pour l’année scolaire prochaine. Ça tombe bien, c’est un winner…

Attention, coup de cœur à l’horizon !

L’avis de Maud, 13 ans
J’ai vraiment adoré ce livre. Il correspond à une des périodes que j’aime. Flore Vesco garde le rythme du début à la fin… De cape et de mots est un de mes livres préférés !

Portrait de groupe avec parapluie

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portrait-de-groupeDe Violette Cabesos
Paru chez Albin Michel

Marthe Bothorel, soixante-dix ans, s’est prise de passion sur le tard pour l’histoire de l’art : de musées en cours de dessin, l’autodidacte plonge dans un monde qui la fascine. Un dimanche, lors d’un concours de peintres amateurs, elle découvre le corps d’une femme assassinée selon un rituel aussi macabre que spectaculaire. Le premier d’une longue série… En compagnie de deux autres mamies aussi déjantées qu’elle et d’un policier mélomane, Marthe décide de démasquer le talentueux tueur !

Voilà un thriller original !
Le thème, l’art, est admirablement traité. On a l’impression d’y être ! C’est passionnant et bien plus qu’un simple contexte. C’est ce qui fait la force de ce roman.
Côté suspense, on n’est pas en reste même si on sait très vite qui est qui. Ce n’est pas ici l’enjeu mais plutôt “quelqu’un arrivera t-il à arrêter ce tueur en série ?” L’intrigue est suffisamment fournie pour captiver et tisse un savoureux méli-mélo où les trajectoires s’entrecroisent à plusieurs reprises.
Les personnages, notamment les trois “mémés” sont géniaux. Et on a un bon psychopathe pour couronner le tout.

Le style est fluide et agréable, le ton léger. De quoi passer un excellent moment !

L’ogre et sa princesse aux petits oignons

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l-ogreDe Sabrina Inghilterra
Illustré par Sophie Chaussade
Paru chez Didier jeunesse

Félicitations, M. L’Ogre ! Vous avez été tiré au sort pour vous présenter au grand concours annuel de gastronomie ogresque. L’épreuve se tiendra le 23 janvier prochain à la Tour Nedos des Carpates. Nous comptons sur votre présence. Le grand gagnant se verra remettre la coquette somme de 20 000 galons d’or. Un concours de cuisine, une coquette somme à gagner… et une princesse à cuisiner. Un roman à déguster sans trembler !

Un conte moderne qui puise dans les contes traditionnels en les détournant habilement.

Le récit est habilement mené, dynamique et très drôle. Le titre interpelle, le contenu est à l’avenant. On est surpris, on rit, on tremble, on se lèche les babines… Voilà un roman très divertissant qui ne peut laisser indifférent. Une vraie lecture de grand ! Cela tombe bien, le format est parfait pour les jeunes lecteurs devenus plus exigeants.

Un conte gourmand, à déguster sans modération.

L’homme qui voyait à travers les visages

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lhomme-qui-voyait-a-travers-les-visagesD’Eric-Emmanuel Schmitt
Paru chez Albin Michel

Une vague d’attentats ensanglante Charleroi. Morts et blessés s’accumulent. On soupçonne des mobiles religieux sous ces actes radicaux.
Augustin, jeune stagiaire au journal local, se trouve pris, malgré lui, au cœur des événements. Pour prouver qu’il n’est pas l’idiot que tout le monde croit, il mène son enquête. Pour cela, il possède un don unique : il voit à travers les visages, percevant autour de chaque personne les êtres minuscules — souvenirs, anges ou démons — qui la motivent ou la hantent.

Est-il un fou ? Ou le sage qui déchiffre la folie des autres ? Son investigation sur la violence et le sacré va l’amener à la rencontre dont nous rêvons tous…

Eric-Emmanuel Schmitt s’y entend pour transcrire l’existence la plus insignifiante de façon épatante. Augustin Trolliet, le personnage principal, intrigue dès le départ. Son côté anticonstitutionnel ne le rend pas forcément antipathique et au fil des pages, il devient plutôt de plus en plus sympathique. Disons que l’on se prend au jeu de cet être fantasque et farfelu.

L’auteur se met également lui même en scène, ce qui est assez rigolo. S’est-il dépeint tel qu’il est, tel qu’il aimerait être, a t-il fait d’Eric-Emmanuel Schmitt un personnage de roman fictif, on ne le saura pas !

Pourtant, même si j’ai apprécié l’histoire en elle-même et la façon dont elle est amenée, toute la partie, fort longue, centrée sur des débats philosophiques portant sur Dieu et la religion m’a plutôt ennuyée. Ces passages piétinaient et perdaient leur lectrice… Mais ceci n’est bien sûr ni plus ni moins qu’une affaire de goût !
Pour autant, l’intrigue est intéressante et la lecture agréable.