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Légende

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LegendeDavid Gemmell
Traduction Alain Névant
Paru chez Bragelonne (en grand format) et Milady (en poche)

Druss est une légende. Ses exploits sont connus de tous. Mais il a choisi de vivre retiré loin des hommes, au sommet d’une montagne. Là, il attend son ennemi de toujours : la mort. Dros Delnoch est une forteresse. C’est le seul endroit par lequel une armée peut traverser les montagnes. Protégée par six remparts, elle était la place forte de l’empire drenaï. C’est maintenant le dernier bastion, car tous les autres sont tombés devant l’envahisseur nadir. Et le vieux guerrier est son seul espoir.

J’avais très envie de relire du Gemmell après la formidable découverte de la trilogie Troie. C’est finalement sur Légende que j’ai jeté mon dévolu. Je dois avouer une petite déception par rapport à Troie car il me manquait une base historique solide. On sent bien ici que les tenants et aboutissants du passé sont loin d’être insignifiants mais ils n’ont pas l’envergure de la mythologie grecque ! Malgré tout, le lecteur est transporté dans cette bataille désespérée et sans merci, aux côtés de personnages attachants.

Il n’y a pas à dire, cet auteur s’y entend pour créer des personnages hauts en couleur. Druss, à la fois si fort (et humain sous la carapace) est époustouflant. Rek est intriguant, on sent qu’il recèle un fabuleux potentiel, Virae a une personnalité forte et sympathique et les moines chevaliers sont une excellente trouvaille. J’aurais aimé que les archers si mystérieux soient plus mis en avant et en apprendre un peu plus sur eux… Enfin, j’ai apprécié le sens de l’honneur et le côté chevaleresque du chef de guerre ennemi.

J’ai passé un excellent moment en compagnie de Druss la Légende sans toutefois retrouver les délicieux frissons que m’avait procuré la lecture de Troie. Je compte bien poursuivre la découverte de cet auteur, dont j’apprécie beaucoup le style, en espérant avoir à nouveau l’occasion de tomber sur une perle…

David Gemmell – Interview de Stéphane Marsan

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Hier, Stéphane Marsan, co-fondateur et directeur de la publication de Bragelonne, a eu la gentillesse de répondre à mes questions au sujet de David Gemmell.

J’ai lu récemment la trilogie Troie de David Gemmell et j’ai été conquise d’emblée. J’ai cru comprendre que Gemmell est l’auteur phare de votre maison, comment l’avez-vous déniché ? Par hasard, je suis tombé sur ses premiers romans en 1999 et je me suis rendu compte qu’il y avait là une voix unique dans le genre et une efficacité brute d’une puissance inouïe. Quand je me suis renseigné sur son compte, je me suis aperçu que Gemmell était le best-seller de la Fantasy en Angleterre avec Terry Pratchett et que je n’étais donc pas le seul à le trouver formidable ! Il n’avait jamais été traduit en français, sans doute à cause de son originalité : jusqu’aux années 2000, la Fantasy était très largement dominée par la High Fantasy héritée de Tolkien, à côté de laquelle Gemmell faisait un peu tache, avec ses personnages fondamentalement humains, ses valeurs concrètes et ses récits proches du western et du film de guerre…

Avez-vous su d’emblée qu’il rencontrerait ce succès ? On n’est jamais sûr de ça. Il y a toujours 1000 raisons de penser qu’un roman va être un échec ; c’est beaucoup plus difficile de trouver des raisons pour lesquelles il devrait immanquablement rencontrer le succès ! On ne peut être sûr que d’une chose : on aime un livre et on va tout faire pour partager sa passion. Après coup, on rencontre beaucoup de gros malins pour dire qu’il était évident qu’il deviendrait un best-seller. Ah ben, c’était une évidence pour personne vu que tous les éditeurs français l’avaient refusé… Par contre, dès qu’on a sorti LEGENDE, le premier roman de Gemmell que nous avons publié en novembre 2000, nous avons tout de suite constaté qu’il se passait quelque chose : non seulement ce roman connut un succès immédiat, mais une fidélité exceptionnelle est née chez les lecteurs français pour  son auteur.

Qu’est-ce qui fait un auteur phare ? Est-ce le contenu de ses écrits ou bien le volume des ventes ? On ne peut dissocier les deux. C’est la spécificité d’un auteur, ses qualités, et l’adéquation avec un moment précis qui provoquent sa rencontre avec le public. Le volume des ventes en découle, parce qu’il signale l’engouement d’un large public pour ses écrits, mais que ce soit un joli succès ou un phénomène mondial et historique, je ne pense pas que ça change grand-chose à ce qui fait un auteur phare. Le cas de Gemmell est emblêmatique : plus encore qu’un écrivain, ses lecteurs ont l’impression de rencontrer l’homme qu’il était, tant ses récits reflètent l’authenticité et la sincérité de sa personnalité. Il est donc plus qu’un auteur de référence dans un genre précis, il fait entendre la voix d’un homme qui transmet un message à ceux qui le lisent.

Votre rythme de publication est très soutenu, comment sélectionnez-vous vos nouveaux auteurs ? A la fois en prenant un grand plaisir à les lire et en se demandant quel rôle ils peuvent jouer dans la représentation des genres sur le marché et par rapport au lectorat. Pour être plus clair, on se dit : ça me plait, mais est-ce que ça sert à quelque chose de le publier maintenant ? Envoyer un roman à la casse en sachant d’avance que très peu de gens le remarqueront et l’apprécieront, c’est pas très marrant et ça peut ruiner la carrière d’un auteur prématurément. Mais il y a tant d’auteurs et de romans formidables qu’on a envie d’en faire découvrir le plus possible ! Il faut trouver un équilibre, une stratégie, une démarche logique à travers ces questions.

Tous les livres ne sont pas amenés à devenir des best-sellers. Est-ce que vous évaluez les potentielles futures parutions par rapport à vos auteurs qui marchent ou bien avec un œil tout à fait objectif ? Les deux. Tous les indices qui permettent d’affiner nos prévisions par rapport au potentiel commercial d’un roman et à la pertinence de le publier sont à considérer. Etre objectif, ça consiste à ne pas tout miser sur le plaisir perso qu’on a eu à lire le livre… c’est pas toujours facile ! Plus encore, il y a des degrés de succès. Non seulement tous les livres, comme vous dites, ne sont pas promis à être des best-sellers, mais certains promettent de toucher 3000 lecteurs, disons, ce qui est très correct, d’autres moins de 1000, et là c’est plus chaud parce que l’on sait qu’a priori on perdra beaucoup d’argent à cause d’eux, mais ils ont aussi leur légitimité. Si on ne publiait que des romans destinés à casser la baraque ils se gêneraient les uns les autres. L’éditeur doit composer un paysage divers de la littérature dont il s’occupe de façon à faire plaisir au plus de gens possible.

Pour en revenir à Gemmell, il est malheureusement décédé, mais vous n’avez pas encore publié tous ses livres. Comptez-vous poursuivre ? A votre avis ?! Bien sûr, nous avons encore quatre romans à publier sur les deux ans qui viennent.

C’est son épouse, Stella, qui a terminé le tome 3 de Troie. Ceci ne transparaît pas à la lecture, je trouve. Pensez-vous qu’elle va « reprendre le flambeau » ? Si elle le fait, envisageriez-vous de la publier chez Bragelonne ? La complicité de l’écriture de Stella avec celle de Dave est absolument stupéfiante. Elle est due à la connaissance profonde qu’elle avait de lui, de sa personnalité, de sa vision du monde. Et à l’évidence de son propre talent d’écrivain. A la mort de Dave j’ai reçu une lettre d’elle pour me remercier des condoléances que je lui avais envoyées : on jurerait que c’est David qui l’avait écrite, c’est incroyable. A part ça…  Non, Stella ne va pas reprendre. Ecrire des romans ne l’intéresse pas. Elle devait à David de finir Troie, elle a rempli sa mission à la perfection, mais n’a aucune envie d’entamer une carrière personnelle dans ce domaine. En tout cas, c’est son état d’esprit à ce jour.

Il ne nous reste plus qu’à lire et relire les romans de David et à perpétuer le souvenir du grand homme…

Je remercie vivement Stéphane Marsan, d’avoir eu la gentillesse de répondre à mes questions.

A bientôt, pour de nouvelles chroniques sur David Gemmell !

Troie, tome 3 : La Chute des Rois

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Troie3David et Stella Gemmell
Traduit de l’anglais par Rosalie Guillaume
Paru chez Bragelonne

Les ténèbres tombent sur la Grande Verte et le Monde Ancien est cruellement déchiré. Sur les champs de bataille autour de Troie, la cité d’or, se réunissent les armées fidèles au roi mycénien, Agamemnon. Parmi ces troupes se trouve Ulysse, le fameux conteur, devenu leur allié malgré lui. Il sait que rien n’arrêtera Agamemnon pour s’emparer du trésor que renferme la cité, et qu’il devra bientôt affronter ses anciens amis en un combat à mort. Malade et amer, le roi de Troie attend. Ses espoirs reposent sur deux héros : Hector, son fils préféré, le plus puissant guerrier de son époque et le redoutable Hélicon, déterminé à venger la mort de son épouse par les Mycéniens. La guerre a été déclarée. Même si ces ennemis, qui sont aussi des parents, laissent libre cours à leur soif de violence, ils savent que certains d’entre eux, hommes ou femmes, deviendront des héros, dont les exploits vivront à tout jamais dans un récit transmis à travers les âges…

Aucune trêve possible, je devais terminer cette trilogie ! Je n’ai d’ailleurs même pas tenté de résister…
Et l’essai a été transformé ! Mais j’avoue que je n’en attendais pas moins après avoir lu les deux premiers !
J’ai eu de la chance de commencer à lire cette trilogie alors qu’elle était parue en totalité. J’aurai eu beaucoup de mal à attendre la parution du suivant à chaque fois, une vraie torture pour les pauvres lecteurs accros qui ont dû passer par là…

Je ne suis pas particulièrement friande de grandes scènes de guerre, mais ici, c’est passé comme une lettre à la poste, grâce aux nombreuses anecdotes et apartés tous plus intéressants les uns que les autres. J’ai passé de nombreuses heures à respirer au rythme de mes héros favoris, qui, pour le coup, n’avaient plus grand-chose à voir avec leurs homonymes homériques ou offenbachiens, mes deux références sur le sujet jusque-là, mais qui m’ont malgré tout transportée à Troie, pour une nouvelle aventure ébouriffante et fascinante. La magie a opéré et j’ai terminé cette trilogie avec un petit pincement au cœur. Il paraît que toutes les bonnes choses ont une fin, c’est peut-être aussi bien, en effet, de rester sur cette excellente impression.

Vous l’aurez compris en lisant ces trois billets, j’ai adoré cette trilogie, l’une de celles qui marquent et se démarquent… Elle peut se lire d’un coup (pour les acharnés de mon acabit), mais dans ce cas il est préférable de prévoir un sas de décompression, car le retour à la vie quotidienne est un peu dur après tout ça, ou bien en faisant une pause entre chaque livre, car chacun constitue vraiment un roman à part entière, pour les savourer d’autant mieux. C’est au goût de chacun, mais ce n’est pas facile de s’empêcher de sauter sur le suivant !

Gemmell est un grand auteur et je lirai avec plaisir d’autres ouvrages de lui. Je laisserai toutefois passer un peu de temps pour éviter toute comparaison inutile avec cette trilogie et aborder chaque livre objectivement, afin de l’apprécier au mieux. Si le reste de son œuvre est aussi génial, j’ai de quoi occuper mes soirées d’hiver…

Quel malheur que ce génie de la fantasy soit décédé. Mais quel bonheur qu’il nous ait laissé ses écrits ! Je remercie Bragelonne d’avoir découvert et publié cette perle.

Troie, tome 2 : Le Bouclier du Tonnerre

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Troie2David Gemmell
Traduit de l’anglais par Rosalie Guillaume
Paru chez Bragelonne

La guerre menace. Tous les rois de la Grande Verte se rassemblent, chacun dissimulant de sinistres plans de conquête et de pillage. Dans ce maelström de traîtrise, trois voyageurs vont faire osciller la balance : Pira, une prêtresse fugitive cachant un terrible secret ; Calliadès, un guerrier aux idéaux élevés et à l’épée redoutable et son meilleur ami, Banoclès, qui se taillera une légende dans les combats à venir. Ensemble, ils voyagent jusqu’à la fabuleuse cité de Troie, où les ténèbres viendront bientôt éclipser pour des siècles les triomphes et les tragédies des mortels ordinaires. Car l’époque glorieuse de l’âge du bronze n’est pas taillée pour les hommes, mais pour les héros !

Comme je le disais, j’ai donc enchaîné avec le tome 2. Celui-ci n’a rien à envier au premier et nos grands héros vivent une fois encore des aventures incroyables, qui nous font trembler ou exulter, selon les moments.

Deux personnages prendront plus d’ampleur dans ce livre : Calliadès et Banoclès, deux personnalités bien trempées, une fois encore. Banoclès apportera également une excellente touche d’humour avec son franc-parler et son tempérament va-t-en-guerre. Les personnages, toujours très soignés, donnent une belle profondeur et crédibilité au récit. Ils sont d’autant plus crédibles, qu’ils sont également faillibles : ils ont des doutes, complotent, trahissent. Leurs actions et leurs vies sont menées par des sentiments profonds. On ne peut qu’admirer Hector, Hélicon et Achille, qui sont impressionnants. Les rois, quant à eux sont tous plus fourbes et calculateurs les uns que les autres et on assiste à une lutte pour le pouvoir et l’argent. Ils y seront tous mêlés, parfois malgré eux, et Ulysse lui-même ne peut y échapper, même s’il ne souhaitait pas prendre parti au départ. Les intrigues sont complexes, à la hauteur des relations diplomatiques et des aspirations des uns et des autres. Les alliances qui se créent et les luttes d’influence donnent un bel aperçu des relations « diplomatiques » de l’époque.

En bref, j’ai terminé le tome 2 tout aussi bluffée que par le tome 1. J’ai eu beaucoup de mal à m’extraire de cet univers particulier et impitoyable et à sortir de la danse. Il ne restait plus qu’une solution, attaquer le tome 3 et voir comment tout cela allait bien pouvoir se terminer, en sachant déjà que tous ces personnages auxquels j’étais déjà si attachée ne pourraient pas s’en sortir indemnes, surtout au vu des affrontements qui se préparaient.

Troie, tome 1 : Le Seigneur de l’Arc d’Argent

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Troie1David Gemmell
Traduit de l’anglais par Rosalie Guillaume
Paru chez Bragelonne

Trois individus vont changer la destinée de plusieurs nations. Hélicon (Enée), le jeune prince de Dardanie, hanté par une enfance traumatisante, la prêtresse Andromaque, dont le caractère de feu et l’indépendance forcenée se dressent contre la volonté des rois et le légendaire guerrier Argurios, emmuré dans la solitude, uniquement motivé par son besoin de vengeance. À Troie, ils découvrent une cité déchirée par des rivalités impitoyables – un maelström de jalousies, de tromperies et de traîtrises meurtrières. En dehors des murs de la cité mythique, des ennemis assoiffés de sang convoitent ses richesses et conspirent à sa chute. C’est une époque de bravoure et de trahison. Une époque de bains de sang et de terreur. Une époque pour les héros !

Je n’avais encore jamais lu de Gemmell, mais comme les amateurs de littérature de l’imaginaire semblaient en faire le plus grand cas, j’ai franchi le pas, pour mon plus grand bonheur ! J’ai commencé cette trilogie il y a un petit moment, mais je voulais faire mes trois billets d’un coup et puis il me fallait un peu de temps pour « digérer » tout ça…

Ce tome 1 ne se contente pas de mettre l’histoire en place, il s’y passe déjà énormément de choses et il constitue définitivement un roman à part entière (ce qui ouvre des perspectives folles pour les deux tomes suivants). On y fait connaissance avec les principaux personnages de la trilogie et j’ai fondu directement pour Hélicon et Andromaque. J’ai mis un peu plus de temps à apprécier Ulysse, car il est très différent de celui qu’Homère nous avait présenté… J’ai en effet eu beaucoup de mal à accepter qu’Ulysse puisse être laid et pas franchement costaud, mais il a tellement d’autres qualités dans Troie, que finalement, pourquoi pas, pour cette fois-ci.

La trilogie repose sur un pan de mythologie passionnant et, en tant que telle, ne pouvait que l’être également. Pourtant, l’auteur a pris des libertés très larges avec l’histoire, telle qu’on la connaît (cela dit, on n’en connaît que ce qu’on en a appris ou lu, donc des versions subjectives !), mais ce n’est pas gênant, car il a su se l’approprier et en faire quelque chose d’unique et captivant. J’adore ce genre de roman, assis sur des bases historiques solides. Tant que l’on ne recherche pas un documentaire sur la période concernée, cela ne pose aucun problème.

Enfin, Gemmell a un style très sympa (très bien rendu par la traductrice, au demeurant), qui mêle dynamisme et sens du détail. On croirait presque se trouver devant un feu de bois en train d’écouter un récit. Son style est parfaitement adapté à cette épopée où se côtoient de grands héros, des personnalités qui méritent une plume digne d’elles. Et à la fois, c’est cette plume elle-même qui les a créés et fait vivre. Les protagonistes sont très bien campés et plus crédibles les uns que les autres (dans leur style et leur époque, bien sûr). Gemmell n’a pas négligé non plus les personnages secondaires, ce qui contribue encore à renforcer le plaisir de lecture et d’immersion dans l’œuvre.

J’ai fermé ce tome 1, en disant « C’est fou ! » et je me suis jetée sur le tome 2…