Mais… C’est pas juste !

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De Stephanie Blake
Paru chez l’Ecole des loisirs

Simon et Ferdinand sont amis.
Le récit démarre sur un jeu, un jour quelconque.
On comprend immédiatement la nature de la relation entre les deux amis : Ferdinand commande et Simon exécute.

Lorsque Simon tente de rééquilibrer leur relation, il se heurte à la phrase imparable des cours de récré “sinon je ne suis plus ton copain”. En général, il n’y a rien à répondre à cet ultimatum. D’ailleurs les enfants qui usent et abusent de ce petit chantage affectif l’ont bien compris.
La solution viendra du petit frère de Simon, Gaspard. Tout simplement parce que les plus jeunes disent les choses telles qu’ils les pensent…

Un album intéressant et malicieux qui ne manquera pas de faire réfléchir tout en prenant du bon temps pendant la lecture.

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Là où tombent les anges

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De Charlotte Bousquet
Paru chez Gulfstream

Solange, dix-sept ans, court les bals parisiens en compagnie de Clémence et Lili. Naïve, la tête pleine de rêve, elle se laisse séduire par Robert Maximilien et accepte de l’épouser. Mais son prince est un tyran jaloux, qui ne la sort que pour l’exhiber lors de dîners mondains. Coincée entre Robert et Emma, sa vieille tante aigrie, Solange étouffe à petit feu. Heureusement Lili la délurée et la douce Clémence sont là pour la soutenir.
Quand la première guerre mondiale éclate, Robert est envoyé sur le front. 
C’est l’occasion pour Solange de s’affranchir de la domination de son mari et de commencer enfin à vivre, dans une ville où les femmes s’organisent peu à peu sans les hommes…

Ce roman sur fond historique décrit l’évolution de Solange et le quotidien des femmes pendant la Première Guerre mondiale. Leur vie est décrite avec réalisme mais sans pathos, ce qui permet de mieux s’immerger dans l’histoire. Un point de vue différent des récits de guerre habituel, puisqu’il s’attache non pas au front, mais aux personnes qui survivent à l’arrière.

Les personnages principaux sont essentiellement féminins, de caractères et de milieux très différents. Le récit alterne des passages racontés, des lettres et des passages vus par Solange, ce qui donne du rythme. Le texte est dense et bien documenté, agréable à lire.

L’évolution de Solange est très intéressante. Même si elle reste mesurée, époque oblige, c’est une véritable révolution (dans un gant de velours)…

Un roman intense et fort, qui pousse à la réflexion.

Le mystère Vandam Pishar

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D’Anne-Gaëlle Balpe
Paru chez Ecole des loisirs

Un nouveau est arrivé à l’école en plein hiver. Il s’appelle Vandam Pishar. Il prétend qu’il vient d’Inde. Pourtant, il parle très bien français. Il marche comme un robot et garde toujours ses gants, même en classe. Pourtant, il paraît qu’il est champion de ski. Il affirme aussi qu’il n’a pas le temps de se faire des amis. Pourtant, il a l’air de s’entendre très bien avec la maîtresse remplaçante. On dirait vraiment que Vandam Pishar vient d’une autre planète. Une autre planète ? Et pourquoi pas ?

Milo est ses copains, à l’imagination débordante mènent l’enquête… Parce que quand même le nouveau, là Vandam Pishar, il est franchement louche. Et de là à imaginer que la maîtresse est de connivence avec lui, il n’y a qu’un pas. Devant la perspective d’un complot à grande échelle, nos héros n’hésitent pas à prendre tous les risques.

Construit comme un “petit” polar, parfaitement à hauteur d’élèves de primaire, tant par le thème, l’environnement et le style d’écriture suffisamment simple, ce petit roman séduira sans aucun doute les jeunes lecteurs qui vivront des aventures passionnantes et trépidantes le temps de cette aventure. Les rebondissements les mèneront sans effort jusqu’au bout.

Proies faciles

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De Miguelanxo Prado
Traduction Sophie Hofnung
Paru chez Rue de Sèvres

Espagne, aujourd’hui. Un homme est retrouvé mort dans son appartement : meurtre, suicide ou simple arrêt cardiaque ? L’inspectrice Tabares et son adjoint Sottilo prennent l’affaire en main. Ils sont vite dépassés quand surgit chaque jour un nouveau cadavre, sans lien apparent avec les précédents. Seraient-ils face à un nouveau cas de tueur en série ?

Quand la crise financière broie les simples citoyens mais récompense de millions d’euros les plus cyniques, la violence surgit et s’étend à toute la société. Une seule certitude, elle ne se trouve jamais là où on l’attend.

92 pages de BD sur un thème ma foi peu courant. Un thriller lié à la finance. La quatrième de couverture nous annonce même un “polar social”. Voilà un intitulé réjouissant.

Effectivement, on est sur une vraie structure de polar classique, avec un couple d’enquêteurs, une ambiance policière marquée, des morts qui s’enchaînent. L’intrigue fonctionne bien, tout en restant assez simple, avec une tension qui monte en puissance en raison de l’impuissance des policiers. Le fond social et donc, le message politique est omniprésent, ce qui est logique puisque c’est le point de départ de toute cette affaire !

Même si le dénouement n’est pas une surprise, il est rare de voir un polar aussi convaincant en version graphique. La performance de l’auteur mérite donc d’être soulignée. Et le graphisme, très esthétique mais sans esbroufe, colle parfaitement au thème ! Peut-être est-ce justement le graphisme qui donne cette force à l’ensemble…

Berceuses et comptines berbères

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27 chansons du Maroc et d’Algérie
Nathalie Soussana et Jean-Christophe Hoarau
Illustrations Virginie Bergeret
Paru chez Didier jeunesse

Des hauteurs de l’Atlas aux portes du désert, entre mémoire et création, la musique et le chant sont au cœur de la vie des Berbères. Enregistré entre la France et l’Afrique du Nord, voici un répertoire foisonnant de berceuses envoûtantes, comptines enfantines, chansons de fêtes ou chants d’amour poignants qui témoignent de l’infinie richesse et de la singularité de la culture berbère.

Comme toujours dans cette collection musiques du monde, l’objet est beau et soigné dans les moindres détails. Le CD est donc accompagné d’un vrai livre qui ne se contente pas de transcrire les paroles des chansons (et leurs traductions), mais offre également au lecteur une foule d’informations intéressantes sur le peuple berbère. Dans un souci du détail poussé jusqu’au bout, l’alphabet amazigh a également sa page…

Chaque chanson est présentée sur une double page, avec des illustrations hautes en couleur pour se mettre dans l’ambiance. Elles sont très belles ! En fin de livre, quelques pages sont réservées aux explications spécifiques à chaque chant. Cela permet de s’y référer tranquillement au moment qui nous convient le mieux sans interrompre/gâcher l’écoute musicale.

Puisque nous parlons musique et que c’est tout de même l’objet de cet ouvrage, les chants sont très agréables à l’oreille, tour à tour joyeux ou plus tranquilles, offrant à l’auditeur un véritable voyage, dépaysant, varié et très agréable.

La sœur du roi

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D’Alexandra de Broca
Paru chez Albin Michel

Elle est princesse de sang. Recluse à la Cour de Versailles, vouée à rester seule et à se consacrer aux œuvres charitables.
Lui est roturier. Brillant botaniste du jardin du Roy, il est adepte des Lumières.
Tout oppose Madame Elisabeth, la jeune sœur de Louis XVI, et François Dassy. Pourtant, lorsqu’ils se rencontrent par hasard dans la forêt de Fontainebleau, une irrésistible attirance les pousse l’un vers l’autre. Mais la révolution gronde et menace cet amour clandestin… Elisabeth saura-t-elle suivre les idées nouvelles qui bouleversent la France ? Et mettre en danger la royauté ? Dassy est-il un honnête homme ou un imposteur ? 

Au premier abord, l’alchimie entre le récit romancé et le choix de la fiction et le ton plus factuel ne coule pas de source. C’est un peu déroutant mais l’histoire fonctionne. En s’appuyant sur des bases historiques solides, l’auteure parvient à donner vie à son récit et le lecteur finit par se dire « pourquoi pas ? ».

Ce point de vue décalé sur cette période trouble de l’Histoire est intéressant. Entrer dans le quotidien des rois, des reines et des princesses et s’apercevoir qu’ils sont humains malgré tout est toujours agréable. Le lecteur aime souvent « se faire mouche »…

Le livre est assez long mais se déroule bien et se lit assez vite. La lecture est plaisante.

Jusqu’ici tout va bien

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De Gary D. Schmidt
Traductrice Caroline Guilleminot
Paru chez L’Ecole des loisirs, Medium +

1968
Une petite, petite ville de l’Etat de New York.
Un père sans repères, une mère sans remède.
Deux grands frères, dont un avalé par la guerre du Vietnam.
Pas assez d’argent à la maison.
Trop de bagarres au collège.
Des petits boulots pour se maintenir à flot.
Une bibliothèque ouverte le samedi pour s’évader.
Une idole inaccessible.
Une collection d’oiseaux éparpillée à tous les vents.
Des talents inexploités.
Et une envie furieuse d’en découdre avec la vie.

Voilà l’histoire de Doug, racontée à la première personne. Le récit commence direct, avec un style percutant, un peu précipité, à la fois détaché et sans enjolivures, parce que ce n’est pas tous les jours facile mais que c’est comme ça. Du coup on entre tout de suite dans son quotidien. Le ton colle parfaitement avec le personnage…

Sa vie est loin d’être toute rose et encore, les infos arrivent petit à petit, peut-être pour ne pas perdre le brin de légèreté, pour distiller un peu. Pourtant, on peut tout à fait imaginer qu’il existe quelque part un Doug qui vit dans un univers impitoyable où chacun doit veiller sur lui-même envers et contre tout  (et tous).

Ce jeune garçon maigrichon semble au départ aussi désagréable et agressif que sa vie l’implique. Parce que c’est la logique même… Pourtant on s’y attache très vite sans réaliser immédiatement qu’il y a un petit truc, qu’il se passe quelque chose. Car Doug, l’air de rien, ne se laisse pas enliser. Et finalement, c’est un peu lui l’élément stable, la colonne vertébrale de la famille.
Il fera quelques rencontres opportunes mais devra encore et encore faire ses preuves.

Finalement, ce quasi voyou ou qui avait tout pour le devenir nous montrera qu’il n’est pas celui que l’on aurait pu penser au départ, grâce à quelques bonnes âmes, mais surtout grâce à lui. Il avancera courageusement, avec beaucoup de “philosophie”.

Le récit est dur par moment mais presque hypnotisant. Une très belle lecture qu’on ne lâche pas d’un bout à l’autre, qui saisit aux tripes.