Monthly Archives: April 2020

Ceux qui restent

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Ceux qui restentDe Josep Busquet et Alex Xoul
Paru chez Delcourt

Lorsque Ben disparaît, ses parents préviennent la police. Mais le jeune garçon est en fait parti affronter les dangers de son royaume imaginaire. A son retour, personne ne le croit et il disparaît de nouveau. Seule une association regroupant des parents vivant les mêmes événements est en mesure de venir en aide à cette famille.

On pourrait initialement penser qu’il s’agit d’une BD jeunesse mais ce n’est pas le cas. Son thème principal est le passage de l’enfance à l’âge adulte.

Ben aime tendrement ses parents mais il ne peut s’empêcher de partir et repartir pour vivre sa vie et ses rêves d’enfant. Même si on peut lui donner raison (puisque nous savons nous que l’enfance ne dure pas), on ne peut s’empêcher de plaindre ses parents que ces disparitions répétées éprouvent au plus haut point. Car ici nous ne vivons pas d’aventures mais restons avec “ceux qui restent” et c’est dur. Pour autant, le lecteur cautionnera t-il les efforts déployés par les parents pour que leur fils ne reparte plus ? Où sont les limites supportables de l’entrave à la liberté et d’une certaine forme d’égoïsme ? Où est la part d’enfant des adultes ? Autant de questions abordées, effleurées ou suggérées dans cet album. Tout cela pour arriver à une série de grandes questions finales : pourquoi est-ce douloureux de quitter l’enfance et devenir adulte ? Et pourquoi les adultes ne cultivent-ils pas leur vieille âme d’enfant ?
Evidemment, cela amène à se poser tout un tas de questions existentielles, réflexion que cette période de confinement ne peut que favoriser…

Voilà comment une jolie BD évoquant Peter Pan au départ en toute légèreté finit par nous retourner le cerveau !

L’histoire est sympa, bien que triste et finalement assez sombre. Elle est surtout vraiment bien vue et les illustrations aux couleurs douces sont très belles. C’est donc le support parfait pour mener à bien cette introspection ou réflexion plus générale, selon les envies et le ressenti de chacun.

Don Quichotte

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DonQuichotteDe Miguel de Cervantes
Paru chez L’Ecole des loisirs

Alonso Quijano, pauvre hidalgo, après avoir lu plus que de raison des romans de chevalerie, décide d’embrasser la profession de redresseur de torts et de protéger la veuve, l’orphelin et les nécessiteux, en parcourant le monde… L’énorme mérite de Cervantes réside dans le fait que non seulement il a créé le personnage même de don Quichotte mais que, de plus, il lui a trouvé le compagnon idéal, son antithèse parfaite, à savoir : son écuyer Sancho Panza. L’auteur a voulu combattre une mode, néfaste à ses yeux, pour ses compatriotes et apparaît, de ce fait, à travers son récit, comme le peintre fidèle de la société de son temps. Nous n’avons retenu, délibérément, que les chapitres mettant en évidence le mécanisme de la folie chez don Quichotte, la fidélité à toute épreuve de Sancho Panza et la méchanceté des tiers qui se gaussaient des fous, des faibles et des simples d’esprit.

C’est toujours intéressant de lire un vieux classique à la source. Pour autant, celui-ci est écrit dans un style rendant la lecture laborieuse. Le poids du temps se fait sentir sur les tournures de phrases et il y a un petit souci de concordance des temps qui peut surprendre.

L’intrigue manque quant à elle de fluidité mais est pleine de surprises. Les aventures rocambolesques de ce fou furieux qui mélange allègrement fiction et réalité (choisissant invariablement de transposer la fiction dans la réalité) ont de quoi faire sourire et étonner, faisant oublier les tournures alambiquées, voire renforçant leur effet comique.

L’imagination a un pouvoir extraordinaire. Si l’on en juge par les aventures et mésaventures de notre héros, la lecture peut  être dangereuse pour la santé !!!!
Tourné en ridicule, ce pauvre Don Quichotte court après un idéal calqué sur ses lectures. On ne peut que le plaindre, tandis qu’il se débat dans un monde qui ne lui est pas adapté. Et pourtant, il agace par moments également par son égarement et son entêtement.

Cette version abrégée suffit amplement pour se faire une idée de ce classique, pour un moment de lecture déroutant et drôle.

Graines de bandits

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Graines de banditsDe Yvon Roy
Paru chez Rue de Sèvres

Nous sommes en Amérique et le calendrier affiche 1973. Par ici, la modernité vient tout juste d’arriver. Pourtant, il suffit de s’éloigner de la ville de quelques centaines de kilomètres pour reculer de plusieurs décennies. Tout est contraste, tout est neuf ou inexploré, tout semble possible. C’est dans ce contexte que deux jeunes parents quittent la ville avec leurs deux fils pour s’installer en campagne dans le but avoué de fuir la modernité. Cependant, rien ne se passe comme prévu et le climat familial se détériore rapidement. La seule option pour les deux frères est de fuir. Fuir chaque jour les violences parentales vers les champs et les bois, pour s’inventer une autre existence. Dans ce petit village perdu, à force d’aventures, de mauvais coups et d’amours d’été, c’est toute la vie qui leur sera révélée.

L’histoire s’ouvre sur un moment sympathique passé en famille. Une quête d’idéal.
Malheureusement, cet instant de bonheur cède vite la place à une situation moins réjouissante. Petit à petit, par touches subtiles, avec une grande délicatesse, l’auteur nous dévoile la dérive de cette famille jusqu’à l’enfer.

Les deux garçons choisissent les non-dits et préfèrent se réfugier dans leur imaginaire pour se persuader que tout va bien. Nous les suivrons donc dans leur quotidien, à l’extérieur, où ils sont livrés à eux mêmes. Pour eux, la vraie vie se passe dehors, la vraie vie se fantasme.

L’auteur raconte tout cela avec pudeur mais sans détours. L’équilibre du texte et du récit sont parfaits. Les illustrations sont quant à elles agréables, même si j’aurais préféré qu’elles soient en couleur.

Ce roman graphique est pour moi une vraie réussite. L’auteur aborde un sujet très dur avec une grande sensibilité, ce qui permet de le mettre entre toutes les mains.

Ce que diraient nos pères

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Ce que diraientDe Pascal Ruter
Paru chez Didier jeunesse

La vie d’Antoine a basculé le jour où son père, chirurgien, s’est laissé accusé à tort d’une erreur médicale. Depuis, sa mère est partie et le quotidien est devenu plutôt morose. Peu à peu, le garçon se laisse entraîner malgré lui par une bande d’ados accros à l’adrénaline : il est complice de vandalisme, de cambriolage… jusqu’à un braquage, où tout bascule. Dans ce crescendo de violence, il ne se reconnait plus. Pourtant, il peut encore se battre pour sortir de cette situation infernale et retrouver le goût d’avoir la tête haute.

Ce roman raconte l’histoire d’un ado paumé qui fait les mauvais choix, un ado dont les parents ont renoncé à se battre et qui doit, lui, se débattre seul, avec ses questionnements et son mal-être. Une fiction très réaliste et qui monte en puissance avec une mécanique implacable et une belle maîtrise du scénario.

Un récit qui laisse un petit goût amer du fait de sa capacité à être plausible. Des jeunes qui basculent dans la délinquance sans trop savoir pourquoi, par petites touches, à coups de non dits ou de trop dits, de défis à relever, il y en a des tas. Avec des conséquences bien pires que pour Antoine. Malheureusement.

Malgré des qualités indéniables, je n’ai pas été totalement conquise, certainement parce que je n’ai pas su m’attacher au personnage principal avant la dernière partie. On a simplement envie de le secouer ! La dernière partie met les qualités morales d’Antoine plus en valeur et c’est un soulagement.

Sophie Germain, la femme cachée des mathématiques

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Sophie GermainDe Sylvie Dodeller
Paru chez l’Ecole des loisirs

Sophie Germain est une mathématicienne du 19ème siècle, une pionnière qui s’est frayée un chemin dans le monde scientifique grâce à sa détermination et son culot. À treize ans, pour échapper à la tourmente révolutionnaire, Sophie Germain se réfugie dans les maths qu’elle apprend en cachette. En 1797, elle se fait passer pour Le Blanc, un étudiant, afin d obtenir les cours de Polytechnique. Elle utilise le même pseudo pour correspondre avec les plus grands mathématiciens de son temps et en 1816 devient la première femme récompensée par l’Académie des sciences. Une success story ? Pas vraiment. Malgré son audace et son talent, Sophie Germain, la femme cachée des maths, retombera vite dans l’oubli. Il est temps pour elle d’entrer dans la lumière.

Une biographie documentaire qui cumule biographie et faits historiques relatés par le biais de la fiction par moments et des parties plus factuelles à d’autres.

J’avoue que je ne connaissais pas Sophie Germain mais j’ai des excuses : je n’ai jamais aimé les maths (et je crois qu’ils me le rendent assez bien) ! Mais comme il n’est jamais trop tard pour apprendre et que le cheminement de cette mathématicienne a été un chemin de croix (je salue au passage sa persévérance, cette femme devait avoir une force de caractère extraordinaire), elle mérite bien une petite lecture.

Je ne suis fan ni de biographies ni de documentaires mais cette lecture a néanmoins été très agréable. Le récit est fluide et dynamique. Passionnant. C’est une très belle surprise et j’espère que les ados, matheux ou non, seront nombreux à pousser cette porte car elle vaut le détour.

Je suis ton soleil

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JeSuisTonSoleilDe Marie Pavlenko
Paru chez Flammarion

Déborah démarre son année de terminale sans une paire de chaussures, rapport à Isidore le chien-clochard qui s’acharne à les dévorer. Mais ce n’est pas le pire, non.
Le pire est-ce sa mère qui se met à découper frénétiquement des magazines ou son père au bras d’une inconnue aux longs cheveux bouclés ?
Le bac est en ligne de mire, et il va falloir de l’aide, des amis, du courage et beaucoup d’humour à Déborah pour percer les nuages, comme un soleil.

Je suis ton soleil est un roman lumineux. Une tranche de vie d’une élève de terminale qui ne sera pas gâtée dans sa vie personnelle. Entre l’explosion du mariage de ses parents, la peste qui lui mène la vie dure au lycée et ses résultats calamiteux alors que le bac est en ligne de mire, ce n’est pas la joie.
Deborah a une belle personnalité, très très attachante. Ses copains sont sympas également mais c’est vraiment elle qui illumine le tout.

Ce n’est pas un livre d’action mais il très agréable à lire et absolument addictif : on a envie de connaître la fin et on a surtout envie que ça ne s’arrête pas ! L’humour est omniprésent et très fin, même si certains sujets ne sont pas gais. Ce livre est un concentré de bonne humeur tout en étant également plein d’émotions et de tendresse.

Thérèse Raquin

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ThereseRaquinD’Emile Zola
Illustrations Mayalen Goust
Paru chez l’Ecole des loisirs, collection illustres classiques

Thérèse Raquin est la fille d’une Algérienne et d’un capitaine français, Degans, posté en Algérie. Thérèse a deux ans ; son père la confie à sa soeur, Madame Raquin, qui habite en métropole. Elle a un fils, Camille, de santé fragile. Thérèse partage l’enfance et l’adolescence de Camille. Lorsque Thérèse a 18 ans, Madame Raquin marie les deux cousins. Camille souhaite aller vivre à Paris et travailler dans une grande administration. Madame Raquin trouve une boutique et un appartement au passage du Pont Neuf. Les femmes y ouvrent une mercerie tandis que Camille trouve un emploi dans l’administration du chemin de fer d’Orléans. Pour Thérèse commencent trois années de vie monotone, ponctuées tous les jeudis soir par la visite des mêmes invités : le vieux Michaud, commissaire de police retraité et ami de Madame Raquin, son fils Olivier, également dans la police, sa femme Suzanne et Grivet, collègue de Camille : Ils prennent le thé en jouant aux dominos. Thérèse déteste ces soirées.

Thérèse Raquin est ici proposé dans cette sublime collection illustrée en dix tableaux plus beaux les uns que les autres. Le format est grand, offrant ainsi un beau livre digne des bibliothèques les plus selects. Je ne m’attarde pas sur l’histoire, si ce n’est que c’est un régal de relire ce classique et que cette version abrégée (il ne s’agit pas d’un résumé ni d’extraits mais bien d’une version abrégée du texte original) se lit parfaitement, sans souffrir de manques ni de faiblesses par rapport au texte original. On est bien vite emporté par ce drame noir à souhait, cette tornade d’émotions dont la montée en puissance est savamment maîtrisée. Quel écrivain génial, ce Zola !