Category Archives: Romans jeunesse

La semaine qui a changé ma vie

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La semaine quiD’Elsa Devernois
Paru chez L’Ecole des loisirs (Medium +)

Louis est parti pour une semaine en tête à tête avec son père à voyager dans une camionnette toute cabossée. Autant dire, qu’il n’attend pas beaucoup de chose de ses vacances dans le Jura. Depuis que ses parents se sont séparés, lui et son père communiquent très peu. Quelques mails. Aucun coup de fil. Et il faut bien l’avouer, pas grand chose à se dire. Deux taiseux de père en fils, pense Louis ! Et s’il se trompait ? Leur arrestation par des douaniers et quelques jours passés dans un camping vont changer à jamais le regard que Louis portait sur son père. Et remettre en question tous les liens qui l’unissent à sa famille.

Une histoire somme toute assez “banale” et linéaire mais racontée avec sensibilité. C’est justement ce qui se trouve sous le vernis qui est intéressant dans ce roman. On y trouve trois grands thèmes : le divorce, le dialogue et le parent toxique. L’approche est bonne car il ne s’agit pas ici de matraquer des certitudes ou des « y’a qu’à, faut qu’on ». Des pistes sont plutôt proposées avec beaucoup de délicatesse, comme des éléments de réflexion. Cette semaine de vacances permettra au personnage principal (ado) d’ouvrir les yeux et de gagner en lucidité à propos de lui même et de son entourage. A un âge où la communication peut être extrêmement difficile, c’est intéressant de montrer que le dialogue et le fait d’aller vers les autres est positif.

Outre le fait que l’histoire est agréable à lire, ce roman peut donner lieu à une petite introspection et qui dit introspection peut signifier amélioration. Il présente donc un double intérêt !

De l’autre côté du pont

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De lautre coteDe Padma Venkatraman
Traduit par Amandine Chambaron-Maillard
Paru chez L’Ecole des loisirs

Chaque jour est un combat dans les rues bondées de Chennai, en Inde. Et lorsque Viji et sa soeur, Rukku, fuguent pour ne plus subir la violence de leur père, la situation semble sans espoir. Dans un monde impitoyable et dangereux, où nul n’accorde un regard aux parias, elles sont des plus vulnérables. Mais leur rencontre avec deux jeunes sans-abri, sur un pont en ruine, va peut-être tout changer.

Les « aventures » de Rukku la lunaire et Viji la pragmatique devenues enfants des rues dans une grande ville indienne m’ont captivée. Bien sûr, il y a le côté dépaysant (d’ailleurs, le petit lexique en début de roman est une excellente idée). Ce roman fait voyager. Le quotidien des deux fillettes est tellement aux antipodes du nôtre…
Mais il y a surtout une vraie histoire, pleine d’humanité, de sensibilité, de tendresse. Padma Venkatraman raconte la vie des enfants des rues, obligés de patauger des journées entières dans des décharges pour gagner péniblement de quoi manger. Elle raconte les dangers de cette vie, mais aussi ses joies. Car même si cette histoire est très émouvante, on ne sombre pas ici dans un pathos larmoyant. Le récit est empreint d’une formidable joie de vivre, envers et contre tout. Les émotions du lecteur jouent au yo-yo… C’est même un peu les montagnes russes par moments !

J’ai été totalement séduite par les personnages, l’ambiance et l’histoire. C’est un très  beau roman.

Tuer Van Gogh

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TuerVanGoghDe Sophie Chérer
Paru chez l’Ecole des loisirs (Medium +)

Vincent Van Gogh peint comme un fou depuis son arrivée à Auvers-sur-Oise, quand il rencontre deux jeunes gens de bonne famille, les frères Secrétan. L’aîné, Gaston, est un artiste en herbe, timide, incertain de sa vocation. Au premier regard, il considère Vincent comme un génie. Le cadet, René, est obsédé par Buffalo Bill.
À la pêche comme à la chasse, accompagné de sa bande, il tire sur tout ce qui bouge. La correspondance de Vincent ne les mentionne ni l’un ni l’autre. Pourquoi ?
On sait qu’il leur a offert des tableaux, dont nul n’a retrouvé trace. Pourquoi ? Gaston et René vont fréquenter Vincent quasi quotidiennement pendant près de six semaines. Et si cette rencontre ne va rien changer à la vie du peintre, elle va peut-être tout changer à sa mort.

Superbe roman de fiction sur les dernières semaines de Van Gogh. Formidablement bien écrit, il dépeint un bouillonnement artistique intense et une fin de vie différente de la version officielle. Le récit est dynamique, extrêmement bien écrit (ça sonne bien… c’est beau comme un tableau de maître !) et vient titiller le lecteur avec une part de mystère. Cette lecture a, pour ma part, donné lieu à des recherches sur la vie de Van Gogh, infos qui se sont avérées absolument passionnantes. Si l’on n’a pas envie de creuser, ce roman donne déjà une bonne idée du cheminement de l’artiste et de sa personnalité.
C’est un très beau roman, émouvant, qui m’a totalement conquise.

Un bruit sec et sonore

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UnBruitSecDe Jean-Marie Firdion
Paru chez Didier jeunesse

Quelques coups de feu, et la vie de Jérôme,14 ans, bascule. Une balle lui perfore l’abdomen, et la voiture de ses parents s’écrase sur l’autoroute. L’adolescent déclare ignorer l’identité de ses agresseurs. Pourtant, il s’estime responsable du drame. Confié à une famille d’accueil, il se lie d’amitié avec leur fille Zoé. Seul témoin survivant, il craint pour sa vie. Les gendarmes piétinent, mais la disparition d’un autre adolescent relance l’enquête. Aidé par son psychiatre, Jérôme devra affronter une vérité redoutable.

Il s’agit d’une enquête à rebours où le seul témoin a la mémoire qui flanche et des délires paranoïaques. Si l’on connaît de suite le résultat avec l’accident, on ne sait en revanche pas du tout ce qu’il s’est passé et on en est réduit à glaner les indices dans les cauchemars, réflexions et déclarations de Jérôme. Pourtant petit à petit le puzzle se met en place et il est possible d’avoir une petite idée du dénouement…
Côté intrigue, ce policier ado tient la route.

Par ailleurs, on ressent bien les affres de l’adolescence, centrée sur elle-même, où la moindre petite chose peut prendre une ampleur démesurée et où la communication est tout sauf reine. En revanche, le personnage principal n’est malheureusement pas très attachant et j’ai trouvé que certains aspects de sa personnalité, qui auraient pu être intéressants, n’ont pas été assez développés. C’est dommage car cela aurait apporté plus de corps et d’émotion au récit.

Cela reste une très bonne lecture, d’autant qu’on ne trouve pas énormément de thrillers dans cette tranche d’âge.

Sauveur & fils, saison 5

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Sauveur5De Marie-Aude Murail
Paru chez l’Ecole des loisirs

Alors que deux années se sont écoulées depuis le précédent volume, le lecteur replonge dans la vie de Blandine et Margaux Carré, Samuel Cahen, Lionel et Maïlys, Ella-Elliot, Frédérique Jovanovic et la famille recomposée de Sauveur. Louane se réconforte grâce à ses animaux et Madame Tapin découvre le féminisme à 81 ans.

Mais quelle surprise. Tout le monde pensait cette saga clôturée après le tome 4 !
La joie de retrouver Sauveur, sa tribu et ses satellites n’en est pas moins vive. C’est un peu comme retrouver des bons copains.
Rien de révolutionnaire dans ce nouveau tome, mais ce n’est pas l’esprit de cette saga. Pour autant, les retrouvailles sont très agréables et on plonge immédiatement de nouveau dans cet univers. Toujours aussi juste, toujours aussi drôle, toujours aussi sensible… le tome 5 est une réussite malgré une couverture kitchissime !

Violette Hurlevent et le jardin sauvage

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Violette HurleventDe Paul Martin et JP Bourgois
Paru chez Sarbacane

Le jour où Violette Hurlevent doit fuir la maison de sa mère, elle pénètre dans le Jardin sauvage, un lieu dont personne ne connaît l’origine. Elle découvre un univers immense, caché aux autres humains et peuplés d’êtres aux coutumes étranges, où les loups parlent et les pierres s’animent. Mais l’endroit recèle également de nombreux périls que la fillette affronte avec son chien Pavel.

Un roman hybride mi-BD mi-roman assez gros mais qui se lit vite. Le récit est très original, malgré le thème du monde imaginaire, et entraînant. Les péripéties s’enchaînent à un rythme soutenu. Le danger est bien présent, on est sur quelque chose de sérieux ! Un vrai roman d’aventure palpitant. L’univers est suffisamment riche pour être intéressant. Ce jardin sauvage, qui porte bien son nom, est un endroit extraordinaire et passionnant.
La jeune Violette est quant à elle courageuse et persévérante. Des valeurs telles que le courage et la loyauté sont essentielles pour mener sa mission à bien, là où sa prédécesseure a échoué. L’échec est donc une éventualité et cela fait du bien à lire puisque c’est aussi le cas dans la vraie vie ! Cela donne encore plus de corps à l’histoire.
On est ici également sur une forme de récit initiatique. Violette va évoluer, devoir vaincre ses peurs pour avancer, faire des choix. Elle en apprendra également plus sur sa famille.

Je sors de cette lecture mitigée : je ne suis pas arrivée à m’attacher à l’héroïne avant la dernière partie. Du coup je n’ai pas été transportée malgré un récit dynamique et original. Heureusement, l’aventure devient plus palpitante après le premier quart et le lien entre la réalité et l’imaginaire devient plus concret sur le dernier tiers, parallèle qui a su me séduire.
J’en avais entendu énormément de bien, peut-être trop, du coup je suis tout de même un peu déçue par cette lecture… C’est malgré tout un livre qui mérite d’être lu et qui ne s’oublie ensuite pas facilement.

Tenir debout dans la nuit

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Tenir deboutd’Eric Pessan
Paru chez l’Ecole des loisirs

New York, Lalie n’y est jamais allée. Elle n’a même jamais osé en rêver. C’est trop beau, trop loin, trop cher. Alors, quand Piotr lui propose de l’y accompagner, elle est prête à tout pour saisir cette chance. A tout ? Non. Car il y a des choses qu’on ne peut accepter. Des contreparties qu’on ne peut pas donner. Et maintenant la voici dans les rues de Brooklyn, face aux regards de travers et aux mille dangers de la nuit, avec une seule obsession : rester éveillée. Résister. Tenir debout.

Ce roman est court mais intense. Le lecteur y chemine une nuit durant avec Lalie, paumée dans la grande New-York, sans papiers, sans argent, sans téléphone. Lalie qui réfléchit, qui tremble, mais qui avance et reste debout.
Eric Pessan surfe sur la vague Me too avec la grande sensibilité qu’on lui connaît. Même s’il s’enlise un peu par moments et en fait trop (le monde du dehors n’est pas exclusivement hostile pour les filles tout de même), l’ensemble est très convaincant. Les émotions de Lalie se bousculent et sont parfaitement transcrites par l’auteur. Cette nuit debout fait un peu office de passage initiatique. Lalie fait l’expérience de la trahison et réfléchit à ce qui peut être accepté ou non, ce qui peut/doit être dit ou non, aboutissant à une prise de décision qui est la sienne propre.
J’ai apprécié cette lecture. Je ne sais pas si les ados l’apprécieront de même car c’est l’âge de tous les possibles, de toutes les folies, de toutes les émotions excessives, des amitiés indéfectibles… L’âge où l’on supporte mal de voir ses certitudes mises à mal.

Don Quichotte

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DonQuichotteDe Miguel de Cervantes
Paru chez L’Ecole des loisirs

Alonso Quijano, pauvre hidalgo, après avoir lu plus que de raison des romans de chevalerie, décide d’embrasser la profession de redresseur de torts et de protéger la veuve, l’orphelin et les nécessiteux, en parcourant le monde… L’énorme mérite de Cervantes réside dans le fait que non seulement il a créé le personnage même de don Quichotte mais que, de plus, il lui a trouvé le compagnon idéal, son antithèse parfaite, à savoir : son écuyer Sancho Panza. L’auteur a voulu combattre une mode, néfaste à ses yeux, pour ses compatriotes et apparaît, de ce fait, à travers son récit, comme le peintre fidèle de la société de son temps. Nous n’avons retenu, délibérément, que les chapitres mettant en évidence le mécanisme de la folie chez don Quichotte, la fidélité à toute épreuve de Sancho Panza et la méchanceté des tiers qui se gaussaient des fous, des faibles et des simples d’esprit.

C’est toujours intéressant de lire un vieux classique à la source. Pour autant, celui-ci est écrit dans un style rendant la lecture laborieuse. Le poids du temps se fait sentir sur les tournures de phrases et il y a un petit souci de concordance des temps qui peut surprendre.

L’intrigue manque quant à elle de fluidité mais est pleine de surprises. Les aventures rocambolesques de ce fou furieux qui mélange allègrement fiction et réalité (choisissant invariablement de transposer la fiction dans la réalité) ont de quoi faire sourire et étonner, faisant oublier les tournures alambiquées, voire renforçant leur effet comique.

L’imagination a un pouvoir extraordinaire. Si l’on en juge par les aventures et mésaventures de notre héros, la lecture peut  être dangereuse pour la santé !!!!
Tourné en ridicule, ce pauvre Don Quichotte court après un idéal calqué sur ses lectures. On ne peut que le plaindre, tandis qu’il se débat dans un monde qui ne lui est pas adapté. Et pourtant, il agace par moments également par son égarement et son entêtement.

Cette version abrégée suffit amplement pour se faire une idée de ce classique, pour un moment de lecture déroutant et drôle.

Ce que diraient nos pères

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Ce que diraientDe Pascal Ruter
Paru chez Didier jeunesse

La vie d’Antoine a basculé le jour où son père, chirurgien, s’est laissé accusé à tort d’une erreur médicale. Depuis, sa mère est partie et le quotidien est devenu plutôt morose. Peu à peu, le garçon se laisse entraîner malgré lui par une bande d’ados accros à l’adrénaline : il est complice de vandalisme, de cambriolage… jusqu’à un braquage, où tout bascule. Dans ce crescendo de violence, il ne se reconnait plus. Pourtant, il peut encore se battre pour sortir de cette situation infernale et retrouver le goût d’avoir la tête haute.

Ce roman raconte l’histoire d’un ado paumé qui fait les mauvais choix, un ado dont les parents ont renoncé à se battre et qui doit, lui, se débattre seul, avec ses questionnements et son mal-être. Une fiction très réaliste et qui monte en puissance avec une mécanique implacable et une belle maîtrise du scénario.

Un récit qui laisse un petit goût amer du fait de sa capacité à être plausible. Des jeunes qui basculent dans la délinquance sans trop savoir pourquoi, par petites touches, à coups de non dits ou de trop dits, de défis à relever, il y en a des tas. Avec des conséquences bien pires que pour Antoine. Malheureusement.

Malgré des qualités indéniables, je n’ai pas été totalement conquise, certainement parce que je n’ai pas su m’attacher au personnage principal avant la dernière partie. On a simplement envie de le secouer ! La dernière partie met les qualités morales d’Antoine plus en valeur et c’est un soulagement.

Sophie Germain, la femme cachée des mathématiques

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Sophie GermainDe Sylvie Dodeller
Paru chez l’Ecole des loisirs

Sophie Germain est une mathématicienne du 19ème siècle, une pionnière qui s’est frayée un chemin dans le monde scientifique grâce à sa détermination et son culot. À treize ans, pour échapper à la tourmente révolutionnaire, Sophie Germain se réfugie dans les maths qu’elle apprend en cachette. En 1797, elle se fait passer pour Le Blanc, un étudiant, afin d obtenir les cours de Polytechnique. Elle utilise le même pseudo pour correspondre avec les plus grands mathématiciens de son temps et en 1816 devient la première femme récompensée par l’Académie des sciences. Une success story ? Pas vraiment. Malgré son audace et son talent, Sophie Germain, la femme cachée des maths, retombera vite dans l’oubli. Il est temps pour elle d’entrer dans la lumière.

Une biographie documentaire qui cumule biographie et faits historiques relatés par le biais de la fiction par moments et des parties plus factuelles à d’autres.

J’avoue que je ne connaissais pas Sophie Germain mais j’ai des excuses : je n’ai jamais aimé les maths (et je crois qu’ils me le rendent assez bien) ! Mais comme il n’est jamais trop tard pour apprendre et que le cheminement de cette mathématicienne a été un chemin de croix (je salue au passage sa persévérance, cette femme devait avoir une force de caractère extraordinaire), elle mérite bien une petite lecture.

Je ne suis fan ni de biographies ni de documentaires mais cette lecture a néanmoins été très agréable. Le récit est fluide et dynamique. Passionnant. C’est une très belle surprise et j’espère que les ados, matheux ou non, seront nombreux à pousser cette porte car elle vaut le détour.