Category Archives: Littérature “générale”

Les blessures du silence

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lesblessuresdusilenceDe Natacha Calestrémé
Paru chez Albin Michel

Amandine Moulin a disparu. Son mari évoque un possible suicide. Ses parents affirment qu’elle a été tuée. Ses collègues pensent qu’elle s’est enfuie avec un amant. Une succession de témoignages contradictoires qui ne collent pas avec la description qui est faite de cette mère de trois petites filles. Qui croire ? Qui manipule qui ? Connaît-on vraiment la personne qui vit à ses côtés ?

Ce roman est construit comme une enquête mais finalement, entre les chapitres intercalaires en flashbacks de la vie d’Amandine Moulin, le côté un peu atypique des policiers et les à-côtés personnels de ceux-ci, on est assez loin d’un policier traditionnel.

L’auteure nous livre une analyse très approfondie (et qui me semble pertinente) de harcèlement psychologique domestique, se posant ainsi en fiction divertissante (la lecture coule toute de seule et le récit est passionnant) suffisamment plausible pour être vraie (il n’y a qu’à se pencher sur les faits divers pour le constater) tout en donnant des clefs et conseils aux personnes susceptibles d’être concernées. J’ai en effet l’impression que ce roman se veut également informatif et pourquoi pas, soyons fous, curatif.

Bravo à Natacha Calestrémé pour cette belle réussite. Ce beau roman marquera sans aucun doute les esprits…

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J’ai perdu Albert

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Jai perduDe Didier van Cauwelaert
Paru chez Albin Michel

« Je suis la voyante la plus en vue du pays et, depuis hier midi, je ne vois plus rien. » 

Pourquoi, après vingt-cinq ans de cohabitation, l’esprit qui hante Chloé l’a-t-il soudain quittée pour sauter dans la tête d’un garçon de café, Zac, apiculteur à la dérive qui ne croit en rien ? La situation est totalement invivable, pour elle comme pour lui, d’autant que cet esprit qui s’est mis à le bombarder d’informations capitales et pressantes n’est autre qu’Albert Einstein…

Petite comédie légère qui se lit bien.
J’ai perdu Albert est loufoque à souhait.

Si j’ai apprécié l’humour et la drôlerie de la situation de départ, ainsi que son évolution, j’ai ensuite regretté que cela parte un peu dans tous les sens sur la fin. À un moment on perd un peu le fil logique et c’est dommage…

Pour autant, c’est une petite lecture rapide et agréable qui ne marquera certes pas les esprits, mais remplira tout à fait sa vocation de divertissement (sans connotation péjorative aucune !).

Il est à toi ce beau pays

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Il est a toiDe Jennifer Richard
Paru chez Albin Michel

Roman total par son ampleur, son ambition et sa puissance d’évocation, Il est à toi ce beau pays est la fresque tragique et monumentale de la colonisation de l’Afrique. Livrée aux appétits d’une Europe sans scrupules, elle est le théâtre d’un crime qui marque au fer rouge le XXe siècle. Sur trois continents, chefs d’Etat, entrepreneurs avides, explorateurs intrépides et missionnaires idéalistes agissent sous prétexte de civilisation.
Au fil d’un récit où se croisent héros inconnus et figures historiques, dont Léopold II, le « saigneur » du Congo, le pasteur George Washington Williams, l’aventurier David Livingstone, Joseph Conrad, Henry Morton Stanley ou encore Pierre Savorgnan de Brazza, Jennifer Richard nous donne le grand livre noir de l’Occident colonialiste. Et restitue, de la ruée vers les terres d’Afrique à l’instauration de la ségrégation aux États-Unis, le terrible destin d’une humanité oubliée.

Impressionnant par la taille (743 pages, tout de même, en format broché) et par le contenu, ce récit met un beau coup de poing dans l’estomac. Étant donné le thème, des pauses s’imposent parfois.
La lecture est dure mais jamais difficile. Les faits historiques sont précis mais on n’est pas ici dans un documentaire. Le sujet est dur, donc, mais ce point de vue sur l’esclavage, la colonisation et l’intégration des noirs est tellement objectif qu’on ne peut s’empêcher de se demander, au final, à quel moment quelqu’un a décidé qu’il pouvait disposer de la vie d’autres personnes, les posséder, les vendre, les exploiter, indépendamment de la couleur des uns et des autres. A quel moment quelqu’un s’est dit, je vaux mieux que ceux là, ils me doivent obéissance et respect.

Et, bien sûr, on ne peut s’empêcher de faire des liens et des ponts avec notre monde actuel…
C’est violent et ça fait mal, mais c’est parfois nécessaire d’ouvrir un peu les yeux !
Il est à toi ce beau pays est incontestablement une lecture qui marque.

Dis, t’en souviendras-tu ?

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DIS-TEN-SOUVIENDRAS-TU_7598De Janine Boissard
Paru chez Plon

Que se passe-t-il lorsque le poids des secrets est si lourd à porter? Au coeur de la Provence, Aude tente de dénouer les fils de sa vie : qu’est-il arrivé à son mari ? Pourquoi ses souvenirs lui échappent ? Drames, mystères et affaires familiales se déploient dans le nouveau roman de Janine Boissard.
Aude a 23 ans, elle est l’épouse d’un parfumeur connu à Grasse. Et voilà que ce matin, elle se retrouve à l’hôpital, privée d’une partie de sa mémoire. Elle apprend qu’on l’a retrouvée, inanimée, sur un chemin désert. Non loin, la voiture de son mari, portières ouvertes, vide. Quel leur est-il arrivé?
Avec l’aide d’un psychiatre, elle va tenter de recouvrer sa mémoire. Mais le veut-elle vraiment? Avec le retour de ses souvenirs, ne devra-t-elle pas faire face à une redoutable vérité?
Un suspense haletant et une belle histoire d’amour dans les paysages parfumés de la Haute Provence.

Le récit s’ouvre sur une situation étrange : Aude a été agressée et a perdu la mémoire. Nous suivrons son cheminement pour une reconstruction qui lève peu à peu le voile sur des faits intrigants. Mystères, surprises et rebondissements s’enchaînent pour ce personnage principal qui ne manque pas de courage, sur fond de secrets de famille.
Le style de l’auteure, apparemment très populaire mais que je ne connaissais pas, est fluide et le récit bien construit. Le livre se lit facilement.

Pour autant, la quatrième de couverture en rajoute un peu avec son “suspense haletant”. Le rythme n’est en effet pas effréné et il me semble qu’il serait plus approprié de qualifier Dis, t’en souviendras-tu de romance plutôt que de polar. Les réponses s’enchaînent et arrivent bien trop facilement pour en faire un bon polar. En revanche, si l’on considère qu’il s’agit d’une romance, là cela fonctionne…

Les déferlantes

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lesdeferlantesDe Claudie Gallay
Editions Babel

La Hague… Ici on dit que le vent est parfois tellement fort qu’il arrache les ailes des papillons. Sur ce bout du monde en pointe de Cotentin vit une poignée d’hommes. C’est sur cette terre âpre que la narratrice est venue se réfugier dpuis l’automne. Employée par le Centre ornithologique, elle arpente les landes, observe les falaises et leurs oiseaux migrateurs. La première fois qu’elle voit Lambert, c’est un jour de grande tempête. Sur la plage dévastée, la vieille Nan, que tout le monde craint et dit à moitié folle, croit reconnaître en lui le visage d’un certain Michel. D’autres, au village, ont pour lui des regards étranges. Comme Lili, au comptoir de son bar, ou son père, l’ancien gardien de phare. Une photo disparaît, de vieux jouets réapparaissent. L’histoire de Lambert intrigue la narratrice et l’homme l’attire. En veut-il à la mer ou bien aux hommes ? Dans les lamentations obsédantes du vent, chacun semble avoir quelque chose à taire.

Les déferlantes est avant tout un roman d’ambiance. Amateurs de rythme effréné et de rebondissements, passez votre chemin. Ici on prend le temps, on s’imprègne, on entend presque les mouettes.

Pour autant, on ne peut pas dire qu’il ne se passe rien. Au contraire, chacun et chacune semble cacher un secret. La chape des non-dits et des silences est lourde. La communauté parvient à réaliser l’exploit de se déchirer tout en restant soudée. Un vrai raz-de-marée !

J’ai aimé toutes ces existences cabossées et cette mer omniprésente. Le décor, l’environnement naturel est presque un personnage à part entière. Dans cette ambiance de bout du monde, le vent et la mer règnent.

Les déferlantes est une très belle lecture, qui se déguste lentement…

Laisse tomber les filles

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LaissetomberlesfillesjpgGérard de Cortanze
Paru chez Albin Michel

Le 22 juin 1963 à Paris, quatre adolescents assistent, place de la Nation, au concert donné à l’occasion du premier anniversaire de Salut les copains. Trois garçons : François, rocker au coeur tendre, tenté par les substances hallucinogènes ; Antoine, fils d’ouvrier qui ne jure que par Jean Ferrat ; Lorenzo, l’intellectuel, fou de cinéma et champion de 800 mètres.
Une fille : Michèle, dont tous trois sont amoureux, fée clochette merveilleuse, pourvoyeuse de rêve et féministe en herbe.
Commencé au coeur des Trente Glorieuses et se clôturant sur la « marche républicaine » du 11 janvier 2015, ce livre pétri d’humanité, virevoltant, joyeux, raconte, au son des guitares et sur des pas de twist, l’histoire de ces baby-boomers devenus soixante-huitards, fougueux, idéalistes, refusant de se résigner au monde tel qu’il est, et convaincus qu’ils pouvaient le rendre meilleur.

Gros pavé sur la génération des baby-boomers de l’après-guerre très bien documenté jusque dans les moindres détails. La discographie, incontournable du quotidien de ces jeunes a été soigneusement étudiée. L’ambiance est là et fonctionne parfaitement.

Certaines réflexions, très justes, ne manqueront pas d’interpeller tout un chacun. La génération yéyé se croit unique, est en conflit avec la génération précédente et rêve d’un avenir meilleur. Finalement c’est peut-être le propre de chaque nouvelle génération ?
Historiquement, la fresque décrite est intéressante en soi et par sa longueur. On perçoit quelques charnières et moments clefs…

Pour autant, j’ai eu du mal à entrer dans le récit au départ. Les personnages assez stéréotypés manquaient un peu de consistance et l’intrigue de corps à mon goût. C’est à mon avis le point faible de ce roman.

Bonus sympa : on peut écouter la bande son originale du livre !

Le mystère Croatoan

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Le mystere croatoanDe Jose Carlos Somoza
Paru chez Actes sud

Des colonies d’invertébrés et d’humains rampent et marchent, inexorablement unis en un seul corps, à travers villes et forêts. Toute vie rencontrée est agglomérée ou détruite. Avant de se donner la mort, un scientifique, spécialisé dans le comportement des espèces animales, a programmé à l’intention de ses proches un message qui pourrait permettre de changer le cours de ces événements terribles qui semblent signer la disparition de toute forme de civilisation. Sauront ils le décrypter ? 

Une belle couverture peut tout faire basculer. Enfin pour moi. J’ai donc souhaité ce livre d’abord pour sa couverture…
Le contenu n’est toutefois pas en reste, avec un scénario apocalyptique qui fait froid dans le dos. L’intrigue est originale avec une montée en puissance efficace et réussie. Le lecteur est saisi dans les filets de ce roman qu’il est impossible de lâcher avant d’avoir tourné la dernière page.