Category Archives: Littérature “générale”

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De Andrea H. Japp
Paru chez Flammarion

1348. La peste fait rage dans Paris et l’épidémie a changé la face du royaume. Aurait-elle aussi changé Gabrielle? Déterminée à être maîtresse de son propre destin, plus rien n’arrête cette femme bafouée par son mari, joueur acharné qui dépensait leurs quelques sous dans les pires tripots et les plus sombres bordels. Elle quitte la capital avec sa fidèle Adeline, emportant avec elle une peinture mystérieuse que les puissants veulent posséder coûte que coûte. Dans une France en panique, tout est possible. Peut-elle s’installer dûment dans cet hôtel étrange? Quel rôle la place de Grève et le “parloir aux bourgeois” jouent-ils dans son destin? Qui sont le dominicain louche, la noble fourbe et le nain coutelier qui s’inscrivent dans son sillage?

Duperies, menaces, maladies, secrets… rien n’est épargné à la Dame d’Aurillay. La malédiction de Gabrielle se prolonge, plus dangereuse que jamais.

Un thriller médiéval dont le pire des fléaux n’est pas la peste.

On commence par un petit résumé du tome 1 et une liste des personnages. Cela permettra aux personnes qui démarrent la lecture au tome 2 de se mettre dans le bain et aux autres de s’y remettre !

L’intrigue continue de se dérouler, avec son lot de mystères et d’ajouts. Elle est suffisamment riche et rythmée pour captiver le lecteur !

Ici, plus encore que dans le premier tome, les personnages féminins sont au premier plan, au fur et à mesure que Gabrielle d’Aurillay s’affirme et s’émancipe. Ceci est d’ailleurs habituellement peu fréquent dans la littérature traitant de cette période et mérite d’être souligné. Quand on pense au Moyen-Age on imagine plutôt les chevaliers que des dames qui se prennent en charge.

Tout comme dans le premier tome, celui-ci est très documenté, tant sur le fond que sur la forme et l’auteur a émaillé le récit de nombreuses notes explicatives de bas de page. Le style reste volontairement celui de l’époque, pour mieux nous plonger dedans et nous faire voyager dans le temps.

La brève annexe historique en fin de livre est très intéressante.

Le dentier du maréchal, madame Volotinen et autres curiosités

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paasilinaArto Paasilinna
Traduit du finnois par Anne Colin du Terrail
Paru chez Denoël & d’ailleurs

Volomari Volotinen a deux passions dans la vie : son épouse, Laura, et les antiquités. Le père de Volomari consacrait déjà son temps libre à amasser des vieilleries (qu’il conservait avec une ferveur quasi obsessionnelle) jusqu’au jour où ses trésors partirent en fumée lors d’un incendie qui détruisit le domicile familial. Ce jour-là, Volomari s’est juré de devenir à son tour collectionneur, à ceci près que ses trouvailles seront bien plus rares et précieuses que les antiquailles paternelles.

De voyages en Laponie en expéditions archéologiques, il va constituer une collection très particulière. D’une touffe de poils pubiens préhistorique à un canon (chargé) de la dernière guerre, du véritable slip de Tarzan au dentier d’un vénérable maréchal en passant par une authentique clavicule du Christ datée de 700 apr. J.-C. (!), toutes les époques sont revisitées par ce roman, véritable apologie des collectionneurs en tout genre et, somme toute, de la vie!

Quel plaisir de retrouver la plume d’Arto Paasilinna, son humour grinçant, ses idées parfois saugrenues, sa façon de sauter du coq à l’âne en légèreté et de titiller la curiosité du lecteur.

Le roman est habilement conçu comme une succession d’historiettes permettant au personnage principal de développer sa collection d’antiquités. Chaque nouvel objet a son histoire…

Même si cette construction narrative est en accord avec le thème, la magie a moins opéré en ce qui me concerne. Cette ribambelle de tableaux plus ou moins farfelus, bien que réjouissante, finit par lasser un peu. Le fil conducteur est parfois difficile à conserver. Malgré tout, la lecture reste agréable et le style de Paasilinna est toujours aussi génial… Un roman qui donne le sourire  !

Portrait de groupe avec parapluie

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portrait-de-groupeDe Violette Cabesos
Paru chez Albin Michel

Marthe Bothorel, soixante-dix ans, s’est prise de passion sur le tard pour l’histoire de l’art : de musées en cours de dessin, l’autodidacte plonge dans un monde qui la fascine. Un dimanche, lors d’un concours de peintres amateurs, elle découvre le corps d’une femme assassinée selon un rituel aussi macabre que spectaculaire. Le premier d’une longue série… En compagnie de deux autres mamies aussi déjantées qu’elle et d’un policier mélomane, Marthe décide de démasquer le talentueux tueur !

Voilà un thriller original !
Le thème, l’art, est admirablement traité. On a l’impression d’y être ! C’est passionnant et bien plus qu’un simple contexte. C’est ce qui fait la force de ce roman.
Côté suspense, on n’est pas en reste même si on sait très vite qui est qui. Ce n’est pas ici l’enjeu mais plutôt “quelqu’un arrivera t-il à arrêter ce tueur en série ?” L’intrigue est suffisamment fournie pour captiver et tisse un savoureux méli-mélo où les trajectoires s’entrecroisent à plusieurs reprises.
Les personnages, notamment les trois “mémés” sont géniaux. Et on a un bon psychopathe pour couronner le tout.

Le style est fluide et agréable, le ton léger. De quoi passer un excellent moment !

L’homme qui voyait à travers les visages

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lhomme-qui-voyait-a-travers-les-visagesD’Eric-Emmanuel Schmitt
Paru chez Albin Michel

Une vague d’attentats ensanglante Charleroi. Morts et blessés s’accumulent. On soupçonne des mobiles religieux sous ces actes radicaux.
Augustin, jeune stagiaire au journal local, se trouve pris, malgré lui, au cœur des événements. Pour prouver qu’il n’est pas l’idiot que tout le monde croit, il mène son enquête. Pour cela, il possède un don unique : il voit à travers les visages, percevant autour de chaque personne les êtres minuscules — souvenirs, anges ou démons — qui la motivent ou la hantent.

Est-il un fou ? Ou le sage qui déchiffre la folie des autres ? Son investigation sur la violence et le sacré va l’amener à la rencontre dont nous rêvons tous…

Eric-Emmanuel Schmitt s’y entend pour transcrire l’existence la plus insignifiante de façon épatante. Augustin Trolliet, le personnage principal, intrigue dès le départ. Son côté anticonstitutionnel ne le rend pas forcément antipathique et au fil des pages, il devient plutôt de plus en plus sympathique. Disons que l’on se prend au jeu de cet être fantasque et farfelu.

L’auteur se met également lui même en scène, ce qui est assez rigolo. S’est-il dépeint tel qu’il est, tel qu’il aimerait être, a t-il fait d’Eric-Emmanuel Schmitt un personnage de roman fictif, on ne le saura pas !

Pourtant, même si j’ai apprécié l’histoire en elle-même et la façon dont elle est amenée, toute la partie, fort longue, centrée sur des débats philosophiques portant sur Dieu et la religion m’a plutôt ennuyée. Ces passages piétinaient et perdaient leur lectrice… Mais ceci n’est bien sûr ni plus ni moins qu’une affaire de goût !
Pour autant, l’intrigue est intéressante et la lecture agréable.

Madame Bovary

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madame-bovaryDe Gustave Flaubert
Éditions des Saints Pères

Il s’agit d’une édition particulière de ce célèbre roman.

Ce coffret rouge et or soigné combinant agréablement esthétique et simplicité offre en effet la reproduction du manuscrit original de Madame Bovary. Rien de moins !

C’est un très bel objet qui mérite d’être feuilleté avec respect. Il s’adresse tout particulièrement aux amoureux de la littérature “classique”. Le texte est difficile à déchiffrer par endroits mais c’est passionnant de voir les ratures et les ajouts, les hésitations, les modifications, le cheminement de l’auteur.

Pour autant, avec son grand format et ses 4 kilos, il risque de ne pas trouver sa place dans toutes les bibliothèques mais qu’importe, quand on aime, on ne compte pas !

Le cri du cerf

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lecriducerfDe Johanne Seymour
Editions Eaux troubles

Un matin d’octobre, Kate plonge dans les eaux glacées de son lac près du village de Perkins, dans les Cantons-de-l’Est, et trouve le cadavre d’une fillette. Plus tard, une seconde victime confirmera la présence d’un tueur en série. Qualifiée par ses pairs de vindicative, le sergent Kate McDougall devra mener l’enquête la plus difficile de sa carrière. Pour démasquer la Bête, elle aura à affronter ses démons et remonter le fil de son passé. Une démarche qui l’entraînera au cœur d’un cauchemar et qui risque de briser le fragile équilibre sur lequel elle a bâti sa vie. Une vie marquée par le cri du cerf.

J’ai choisi de lire ce thriller canadien car le résumé et l’ambiance évoquée m’ont rappelé cette série Top of the lake qui m’avait beaucoup plu. Ici l’ambiance est moins pesante mais le cheminement de l’enquêtrice est tout aussi intense et prenant.
Pour autant, la comparaison s’arrête là car l’histoire est différente.

Dans Le cri du cerf, le récit à suspense est bien mené. L’enquête avance pas à pas, sans en dévoiler trop d’un coup mais sans créer d’énorme surprise non plus, tout en ménageant quelques rebondissements.
Petit bémol, la mise en page est parfois déstabilisante, avec des lignes très longues et un mélange entre les dialogues et la narration qui peut gêner la lecture.
Cela étant, la lecture est divertissante, le style agréable et direct. On passe un bon moment.

Zazous

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zazousDe Gérard de Cortanze
Paru chez Albin Michel

On n’est pas sérieux quand on a quinze ans – même en pleine Occupation. Chaque jour, au café Eva, une bande de zazous se retrouve pour écouter du jazz. Josette, Pierre et Jean sont lycéens, Sarah est coiffeuse, Charlie trompettiste, Marie danseuse, Lucienne apprentie mannequin. Dans un Paris morose, ils appliquent à la lettre les mots d’ordre zazous : danser le swing, boire de la bière à la grenadine, lire des livres interdits, chausser en toutes circonstances des lunettes de soleil et enfiler de longues vestes à carreaux.

À mesure que les Allemands montrent leur vrai visage, ces jeunes gens qui ne portent pas encore le nom d’adolescents couvrent les murs de Paris du « V » de la victoire, sèment la panique dans les salles de cinéma et les théâtres, déposent une gerbe le 11 novembre sous l’Arc de Triomphe, arborent, par solidarité et provocation, l’étoile jaune. Traqués par les nazis, pourchassés par les collaborateurs, rejetés par la Résistance, les zazous ne veulent pas tant « changer la vie » qu’empêcher qu’on ne leur confisque leur jeunesse.

Ce roman aborde la période de l’occupation sous un jour plutôt original : à travers les yeux d’une bande de zazous.

Le livre est bien documenté. On sent qu’il s’appuie sur des bases solides, tant historiques que musicales. Les personnages (fictifs) sont très attachants, chacun dans leur style et on se prend d’amitié pour cette bande de copains, des jeunes gens qui s’ingénient à vivre leur jeunesse coûte que coûte dans un Paris sous le joug de l’ennemi.

Il m’a toutefois manqué un souffle un peu zazou sur ces pages. Le roman est assez long et pourtant manque un peu de diversité même s’il n’est jamais ennuyeux pour autant. J’aurais aimé quelques moments de folie vu de l’intérieur, en ayant moins l’impression d’être un spectateur bon enfant…
Cela étant, le récit est bien mené, parfaitement crédible et j’ai beaucoup aimé la fin.