Category Archives: Littérature “générale”

Là où tombent les anges

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De Charlotte Bousquet
Paru chez Gulfstream

Solange, dix-sept ans, court les bals parisiens en compagnie de Clémence et Lili. Naïve, la tête pleine de rêve, elle se laisse séduire par Robert Maximilien et accepte de l’épouser. Mais son prince est un tyran jaloux, qui ne la sort que pour l’exhiber lors de dîners mondains. Coincée entre Robert et Emma, sa vieille tante aigrie, Solange étouffe à petit feu. Heureusement Lili la délurée et la douce Clémence sont là pour la soutenir.
Quand la première guerre mondiale éclate, Robert est envoyé sur le front. 
C’est l’occasion pour Solange de s’affranchir de la domination de son mari et de commencer enfin à vivre, dans une ville où les femmes s’organisent peu à peu sans les hommes…

Ce roman sur fond historique décrit l’évolution de Solange et le quotidien des femmes pendant la Première Guerre mondiale. Leur vie est décrite avec réalisme mais sans pathos, ce qui permet de mieux s’immerger dans l’histoire. Un point de vue différent des récits de guerre habituel, puisqu’il s’attache non pas au front, mais aux personnes qui survivent à l’arrière.

Les personnages principaux sont essentiellement féminins, de caractères et de milieux très différents. Le récit alterne des passages racontés, des lettres et des passages vus par Solange, ce qui donne du rythme. Le texte est dense et bien documenté, agréable à lire.

L’évolution de Solange est très intéressante. Même si elle reste mesurée, époque oblige, c’est une véritable révolution (dans un gant de velours)…

Un roman intense et fort, qui pousse à la réflexion.

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La sœur du roi

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D’Alexandra de Broca
Paru chez Albin Michel

Elle est princesse de sang. Recluse à la Cour de Versailles, vouée à rester seule et à se consacrer aux œuvres charitables.
Lui est roturier. Brillant botaniste du jardin du Roy, il est adepte des Lumières.
Tout oppose Madame Elisabeth, la jeune sœur de Louis XVI, et François Dassy. Pourtant, lorsqu’ils se rencontrent par hasard dans la forêt de Fontainebleau, une irrésistible attirance les pousse l’un vers l’autre. Mais la révolution gronde et menace cet amour clandestin… Elisabeth saura-t-elle suivre les idées nouvelles qui bouleversent la France ? Et mettre en danger la royauté ? Dassy est-il un honnête homme ou un imposteur ? 

Au premier abord, l’alchimie entre le récit romancé et le choix de la fiction et le ton plus factuel ne coule pas de source. C’est un peu déroutant mais l’histoire fonctionne. En s’appuyant sur des bases historiques solides, l’auteure parvient à donner vie à son récit et le lecteur finit par se dire « pourquoi pas ? ».

Ce point de vue décalé sur cette période trouble de l’Histoire est intéressant. Entrer dans le quotidien des rois, des reines et des princesses et s’apercevoir qu’ils sont humains malgré tout est toujours agréable. Le lecteur aime souvent « se faire mouche »…

Le livre est assez long mais se déroule bien et se lit assez vite. La lecture est plaisante.

Ecoutez nos défaites

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De Laurent Gaudé
Paru chez Actes Sud

Un agent des services de renseignements français gagné par une grande lassitude est chargé de retrouver à Beyrouth un ancien membre des commandos d’élite américains soupçonné de divers trafics. Il croise le chemin d’une archéologue irakienne qui tente de sauver les trésors des musées des villes bombardées. Les lointaines épopées de héros du passé scandent leurs parcours – le général Grant écrasant les Confédérés, Hannibal marchant sur Rome, Hailé Sélassié se dressant contre l’envahisseur fasciste… Un roman inquiet et mélancolique qui constate l’inanité de toute conquête et proclame que seules l’humanité et la beauté valent la peine qu’on meure pour elles.

Ce n’est pas un roman facile mais pourtant ô combien puissant.

C’est définitivement une lecture qui remue, qui interroge, qui donne envie de se documenter.
Un livre moderne car il s’inscrit parfaitement dans le contexte agité de notre quotidien. Un livre sans âge car il remonte loin dans le passé.

L’auteur s’appuie à son aise sur une base bien documentée, pour mieux rebondir. Pourtant ce roman n’a rien du documentaire.
C’est un roman étonnant, un de ces romans si forts qu’on ressort de sa lecture tout chamboulé. Il faut ensuite le digérer un peu avant d’ouvrir le prochain livre, avant de pouvoir en parler.

Ecoutez nos défaites est un très gros coup de cœur. Il est magistral !

La merveille imparfaite

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D’Andrea De Carlo
Traduit par Chantal Moiroud
Paru chez HC Editions

L’automne en Provence : une saison qui alterne les premiers froids de l’hiver et les dernières chaudes journées d’été. Un dernier événement va marquer la fin de cette saison : dans l’arrière-pays, un grand groupe de rock anglais, les Bebonkers, prépare un concert caritatif en l’honneur du troisième mariage de son chanteur et très charismatique leader, Nick Cruickshank. Les préparatifs vont bon train et tout s’organise sous l’œil attentif de la future mariée.

Dans la petite ville de Fayence, Milena Migliari, une jeune italienne, crée et réalise des glaces exceptionnelles avec une attention d’artiste. Elle a délaissé les hommes depuis longtemps et vit avec Viviane. Leur relation est solide et calme, à l’opposé exact de ses glaces évanescentes. Dans quelques jours, Milena va commencer, sans grande conviction, un traitement hormonal pour tenter d’avoir un enfant. Elle hésite à partager ses interrogations avec sa compagne, tout comme Nick, qui se demande depuis quand son histoire d’amour s’effiloche. C’est ainsi qu’une rock star anglaise et une jeune artisane italienne vont voir leur destin se croiser… et se jouer en trois journées très particulières.

Ce roman au rythme tranquille traite en légèreté, à travers deux histoires d’amour très différentes, de la routine du couple, du poids des convenances, de la pression extérieure exercée sur tout un chacune. Chacune de ces histoires d’amour se lézarde et même si les univers et les situations n’ont rien en commun, au final, les interrogations se rejoignent. Car Milena et Mick sont un peu deux âmes jumelles qui partagent des questions existentielles sur le sens de la vie.

Les chapitres alternent entre l’un et l’autre, ainsi on va toujours de l’avant même si au final il ne se passe pas grand-chose. Les amateurs d’action passeront immédiatement au chapitre « bouquet final » où les principaux personnages de l’histoire (au sens large) sont réunis et où la situation explose et les rancœurs des uns et des autres éclatent. Une scène très réussie !

J’ai trouvé la lecture agréable. C’est un roman équilibré qui peine un peu à se décider entre « réflexion » et légèreté mais qui réserve des surprises sympathiques, avec une fin ouverte, permettant au lecteur de s’imaginer à sa guise ce qu’il adviendra ensuite.

La malédiction de Gabrielle, tome 2 : A l’ombre du diable

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De Andrea H. Japp
Paru chez Flammarion

1348. La peste fait rage dans Paris et l’épidémie a changé la face du royaume. Aurait-elle aussi changé Gabrielle? Déterminée à être maîtresse de son propre destin, plus rien n’arrête cette femme bafouée par son mari, joueur acharné qui dépensait leurs quelques sous dans les pires tripots et les plus sombres bordels. Elle quitte la capital avec sa fidèle Adeline, emportant avec elle une peinture mystérieuse que les puissants veulent posséder coûte que coûte. Dans une France en panique, tout est possible. Peut-elle s’installer dûment dans cet hôtel étrange? Quel rôle la place de Grève et le “parloir aux bourgeois” jouent-ils dans son destin? Qui sont le dominicain louche, la noble fourbe et le nain coutelier qui s’inscrivent dans son sillage?

Duperies, menaces, maladies, secrets… rien n’est épargné à la Dame d’Aurillay. La malédiction de Gabrielle se prolonge, plus dangereuse que jamais.

Un thriller médiéval dont le pire des fléaux n’est pas la peste.

On commence par un petit résumé du tome 1 et une liste des personnages. Cela permettra aux personnes qui démarrent la lecture au tome 2 de se mettre dans le bain et aux autres de s’y remettre !

L’intrigue continue de se dérouler, avec son lot de mystères et d’ajouts. Elle est suffisamment riche et rythmée pour captiver le lecteur !

Ici, plus encore que dans le premier tome, les personnages féminins sont au premier plan, au fur et à mesure que Gabrielle d’Aurillay s’affirme et s’émancipe. Ceci est d’ailleurs habituellement peu fréquent dans la littérature traitant de cette période et mérite d’être souligné. Quand on pense au Moyen-Age on imagine plutôt les chevaliers que des dames qui se prennent en charge.

Tout comme dans le premier tome, celui-ci est très documenté, tant sur le fond que sur la forme et l’auteur a émaillé le récit de nombreuses notes explicatives de bas de page. Le style reste volontairement celui de l’époque, pour mieux nous plonger dedans et nous faire voyager dans le temps.

La brève annexe historique en fin de livre est très intéressante.

Le dentier du maréchal, madame Volotinen et autres curiosités

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paasilinaArto Paasilinna
Traduit du finnois par Anne Colin du Terrail
Paru chez Denoël & d’ailleurs

Volomari Volotinen a deux passions dans la vie : son épouse, Laura, et les antiquités. Le père de Volomari consacrait déjà son temps libre à amasser des vieilleries (qu’il conservait avec une ferveur quasi obsessionnelle) jusqu’au jour où ses trésors partirent en fumée lors d’un incendie qui détruisit le domicile familial. Ce jour-là, Volomari s’est juré de devenir à son tour collectionneur, à ceci près que ses trouvailles seront bien plus rares et précieuses que les antiquailles paternelles.

De voyages en Laponie en expéditions archéologiques, il va constituer une collection très particulière. D’une touffe de poils pubiens préhistorique à un canon (chargé) de la dernière guerre, du véritable slip de Tarzan au dentier d’un vénérable maréchal en passant par une authentique clavicule du Christ datée de 700 apr. J.-C. (!), toutes les époques sont revisitées par ce roman, véritable apologie des collectionneurs en tout genre et, somme toute, de la vie!

Quel plaisir de retrouver la plume d’Arto Paasilinna, son humour grinçant, ses idées parfois saugrenues, sa façon de sauter du coq à l’âne en légèreté et de titiller la curiosité du lecteur.

Le roman est habilement conçu comme une succession d’historiettes permettant au personnage principal de développer sa collection d’antiquités. Chaque nouvel objet a son histoire…

Même si cette construction narrative est en accord avec le thème, la magie a moins opéré en ce qui me concerne. Cette ribambelle de tableaux plus ou moins farfelus, bien que réjouissante, finit par lasser un peu. Le fil conducteur est parfois difficile à conserver. Malgré tout, la lecture reste agréable et le style de Paasilinna est toujours aussi génial… Un roman qui donne le sourire  !

Portrait de groupe avec parapluie

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portrait-de-groupeDe Violette Cabesos
Paru chez Albin Michel

Marthe Bothorel, soixante-dix ans, s’est prise de passion sur le tard pour l’histoire de l’art : de musées en cours de dessin, l’autodidacte plonge dans un monde qui la fascine. Un dimanche, lors d’un concours de peintres amateurs, elle découvre le corps d’une femme assassinée selon un rituel aussi macabre que spectaculaire. Le premier d’une longue série… En compagnie de deux autres mamies aussi déjantées qu’elle et d’un policier mélomane, Marthe décide de démasquer le talentueux tueur !

Voilà un thriller original !
Le thème, l’art, est admirablement traité. On a l’impression d’y être ! C’est passionnant et bien plus qu’un simple contexte. C’est ce qui fait la force de ce roman.
Côté suspense, on n’est pas en reste même si on sait très vite qui est qui. Ce n’est pas ici l’enjeu mais plutôt “quelqu’un arrivera t-il à arrêter ce tueur en série ?” L’intrigue est suffisamment fournie pour captiver et tisse un savoureux méli-mélo où les trajectoires s’entrecroisent à plusieurs reprises.
Les personnages, notamment les trois “mémés” sont géniaux. Et on a un bon psychopathe pour couronner le tout.

Le style est fluide et agréable, le ton léger. De quoi passer un excellent moment !