Monthly Archives: September 2018

Vies volées

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ViesVoleesDe Matz et Mayalen Goust
Paru chez Rue de Sèvres

En Argentine, de 1976 à 1983, sous la dictature militaire, 500 bébés ont été arrachés à leurs mères pour être placés dans des familles plus ou moins proches du régime. Plusieurs années après cette tragédie, les grands-mères de ces enfants ne cessent de se battre pour les retrouver. Interpellé par ce drame largement médiatisé, Mario, un jeune homme de 20 ans qui s’interroge sur sa filiation décide d’aller à la rencontre de ses grands-mères accompagné de son ami Santiago et décide de faire un test ADN, Les résultats bouleverseront les vies des deux jeunes gens et de leur entourage.

Interpellée par la sublime couverture, impossible de résister !

Le sujet est super intéressant. Il s’agit d’une fiction basée sur des faits historiques. On suit le parcours de deux jeunes hommes remplis de doutes sur l’avenir, l’amour, etc. Mario est torturé par la pensée qu’il pourrait être l’un des enfants volés sous la dictature…. Le passé, pas si lointain, continue de les poursuivre, dévoilant ses crimes de régime totalitaire. On sent que les argentins n’en ont pas fini avec ces heures sombres…

Les personnages sont très sympathiques, le récit se déroule tranquillement, sans être ennuyeux (c’est l’avantage de la fiction !). Et les images sont merveilleuses. D’une grande douceur, les cases sont de taille variable pour mieux mettre en avant tel ou tel moment, souligner une ambiance. Le trait sensible et délicat accompagne parfaitement le scénario.

Les trois petits quoi ?

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Lestroispetitsquoi

De Raphaël Fejtö
Paru chez L’Ecole des loisirs

Petit cartonné coloré basé sur l’histoire des trois petits cochons.
Il ne s’agit pas ici d’une énième version, mais d’une histoire à deviner d’après un conte modernisé et, donc, revisité.
Chaque petit tableau de l’histoire ne se termine pas ou plutôt se termine par trois suggestions ou un jeu.

Comme il s’agit d’une histoire que l’on connait et que les indices sont parfois farfelus, les éclats de rire sont assurés. Les jeux sont variés : QCM, labyrinthe, rébus…
Si vraiment on ne trouve pas, la réponse se trouve à l’envers sur chaque page. C’est d’ailleurs presque dommage qu’elle se trouve là car les petits yeux affutés et malins sont vifs !

Ce livre est ludique à souhait et promet donc un bon moment partagé avec votre enfant.

La fourmi rouge

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La fourmi rougeD’Emilie Chazerand
Paru chez Sarbacane

Vania Strudel a 15 ans et :
– un père taxidermiste qui l’emmène au collège à bord de sa “ouafture”
– Une ennemie jurée, qui est aussi la fille la plus populaire du lycée
– Un œil qui part en vrille, et une vie qui prend à peu près la même direction
Bref, son existence est une succession de vacheries.
Mais un soir, elle reçoit un mail anonyme qui lui explique qu’elle n’est pas une banale “fourmi noire” sans ambition.
Elle serait plutôt du genre “fourmi rouge”.

Emilie Chazerand manie ici une plume mordante à faire pâlir l’auteur suédois le plus cynique. Que le moment soit grave ou drôle, l’humour est omniprésent. Un humour comme je les aime, bien loin des plaisanteries graveleuses de bas étage.

Nous entrons dans un univers loufoque et farfelu à souhait : le quotidien de Vania Strudel. Un quotidien gratiné d’adolescente pas forcément gâtée ni par la nature ni par la vie. Pour autant, même si on parle de quotidien, le récit n’a rien d’ennuyeux. On se demande même par moments de quoi la suite sera faite tellement tout semble possible !

Pour ma part, l’alchimie a opéré et cette lecture légère, mais non dénuée de fond, m’a beaucoup plu.

Les animaux fantastiques : Le texte du film, tome 1

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AnimauxFantastiquesDe J.K. Rowling
Paru chez Gallimard jeunesse

K. Rowling, créatrice de la mythique saga Harry Potter, nous invite à découvrir une nouvelle ère du Monde des Sorciers, au côté du jeune explorateur et magizoologiste Norbert Dragonneau.
Revivez le film écrit par J. K. Rowling avec le texte original de l’auteur : l’intégrale des dialogues, mais aussi l’action, le jeu des personnages, les descriptions des décors, les mouvements de la caméra… Une aventure épique et fabuleuse, une grande histoire de magie et d’amitié.

Une fois passé le cap “texte du film” et en glissant sur les indications scéniques, l’histoire est absolument captivante. L’intrigue est bien équilibrée et dynamique. Les personnages sont quant à eux très attachants. Et les créatures sont formidables ! L’univers est riche. On sent un vrai potentiel qui ne demande qu’à être exploité ! D’ailleurs, la suite arrive dès cet automne…

Je ne suis pas fan de pièces de théâtre car je trouve que les indications scéniques coupent la lecture, mais j’ai tout de même apprécié ce livre, qui m’a donné envie de voir le film !
Une dernière chose, j’adore la couverture !

Le dossier Handle

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DossierHandleDe David Moitet
Paru chez Didier jeunesse

« Je suis seul, sans mes parents, dans une ville que je connais à peine, avec deux assassins aux trousses et aucune idée de ce qu’ils me veulent…
J’ai connu des jours meilleurs.
Maintenant, je n’ai plus le choix : si je veux m’en sor tir, il va falloir que j’ut ilise mon don. »
Thomas

Le début cash plonge le lecteur dans l’intrigue, effet thriller garanti !

Sans faire dans la dentelle, le démarrage prend directement aux tripes et reste efficace jusqu’au bout, avec un rythme soutenu. Pour autant, l’écriture est sensible et délicate et l’auteur ne se prive pas d’aborder certains thèmes comme la vieillesse, le handicap, les rapports familiaux et aux autres, ni d’ajouter des éléments fantastiques à son histoire…

Si je devais trouver une seule critique, je reprocherais à cet excellent roman d’être trop court !

Je vais rester

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Je vais resterScénario Lewis Trondheim
Illustrations Hubert Chevillard
Paru chez Rue de Sèvres

Fabienne et Roland débarquent à Palavas pour passer la semaine. Roland a tout payé, tout organisé et scrupuleusement consigné chaque étape du séjour dans un carnet. Ils s’apprêtent à déposer leurs bagages à l’appartement.
Soudain, elle se retrouve seule.
Stupeur, déni…
Contre toute attente, elle décide de rester.

Une histoire toute simple, qui parvient à dire énormément de choses avec une rare économie de mots : de nombreuses cases n’ont pas de texte du tout et s’en passent très bien.
Une histoire de tous les jours. La joie des vacances, le soleil, le bonheur. Et tout bascule en un coup de vent. Cette disparition soudaine pourrait être drôle si le moment n’était pas tragique. C’est le parti pris de l’auteur tout au long de ce récit, qui parle de mort en célébrant la vie, qui parle de vide dans une ambiance bondée, qui parle de tristesse sur la plage… Un véritable tour de force que ce récit original qui n’a rien de plombant et qui fait même sourire parfois.

Les illustrations douces et lumineuses vont également dans ce sens. Sensibles, poétiques, chaleureuses et très expressives, elles donnent le ton. L’alchimie entre le scénario et les images est parfaite !

Il est à toi ce beau pays

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Il est a toiDe Jennifer Richard
Paru chez Albin Michel

Roman total par son ampleur, son ambition et sa puissance d’évocation, Il est à toi ce beau pays est la fresque tragique et monumentale de la colonisation de l’Afrique. Livrée aux appétits d’une Europe sans scrupules, elle est le théâtre d’un crime qui marque au fer rouge le XXe siècle. Sur trois continents, chefs d’Etat, entrepreneurs avides, explorateurs intrépides et missionnaires idéalistes agissent sous prétexte de civilisation.
Au fil d’un récit où se croisent héros inconnus et figures historiques, dont Léopold II, le « saigneur » du Congo, le pasteur George Washington Williams, l’aventurier David Livingstone, Joseph Conrad, Henry Morton Stanley ou encore Pierre Savorgnan de Brazza, Jennifer Richard nous donne le grand livre noir de l’Occident colonialiste. Et restitue, de la ruée vers les terres d’Afrique à l’instauration de la ségrégation aux États-Unis, le terrible destin d’une humanité oubliée.

Impressionnant par la taille (743 pages, tout de même, en format broché) et par le contenu, ce récit met un beau coup de poing dans l’estomac. Étant donné le thème, des pauses s’imposent parfois.
La lecture est dure mais jamais difficile. Les faits historiques sont précis mais on n’est pas ici dans un documentaire. Le sujet est dur, donc, mais ce point de vue sur l’esclavage, la colonisation et l’intégration des noirs est tellement objectif qu’on ne peut s’empêcher de se demander, au final, à quel moment quelqu’un a décidé qu’il pouvait disposer de la vie d’autres personnes, les posséder, les vendre, les exploiter, indépendamment de la couleur des uns et des autres. A quel moment quelqu’un s’est dit, je vaux mieux que ceux là, ils me doivent obéissance et respect.

Et, bien sûr, on ne peut s’empêcher de faire des liens et des ponts avec notre monde actuel…
C’est violent et ça fait mal, mais c’est parfois nécessaire d’ouvrir un peu les yeux !
Il est à toi ce beau pays est incontestablement une lecture qui marque.