Tag Archives: Rue de Sèvres

Proies faciles

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De Miguelanxo Prado
Traduction Sophie Hofnung
Paru chez Rue de Sèvres

Espagne, aujourd’hui. Un homme est retrouvé mort dans son appartement : meurtre, suicide ou simple arrêt cardiaque ? L’inspectrice Tabares et son adjoint Sottilo prennent l’affaire en main. Ils sont vite dépassés quand surgit chaque jour un nouveau cadavre, sans lien apparent avec les précédents. Seraient-ils face à un nouveau cas de tueur en série ?

Quand la crise financière broie les simples citoyens mais récompense de millions d’euros les plus cyniques, la violence surgit et s’étend à toute la société. Une seule certitude, elle ne se trouve jamais là où on l’attend.

92 pages de BD sur un thème ma foi peu courant. Un thriller lié à la finance. La quatrième de couverture nous annonce même un “polar social”. Voilà un intitulé réjouissant.

Effectivement, on est sur une vraie structure de polar classique, avec un couple d’enquêteurs, une ambiance policière marquée, des morts qui s’enchaînent. L’intrigue fonctionne bien, tout en restant assez simple, avec une tension qui monte en puissance en raison de l’impuissance des policiers. Le fond social et donc, le message politique est omniprésent, ce qui est logique puisque c’est le point de départ de toute cette affaire !

Même si le dénouement n’est pas une surprise, il est rare de voir un polar aussi convaincant en version graphique. La performance de l’auteur mérite donc d’être soulignée. Et le graphisme, très esthétique mais sans esbroufe, colle parfaitement au thème ! Peut-être est-ce justement le graphisme qui donne cette force à l’ensemble…

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Le château des étoiles tome 3 – Les chevaliers de Mars

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D’Alex Alice
Paru chez Rue de Sèvres

Séraphin et ses amis sont de retour sur Terre. Après avoir révélé au monde le secret du voyage spatial, ils ont trouvé refuge dans un manoir breton. Mais leur engin volant est désormais l’objet de toutes les convoitises ! Alors que le père de Séraphin est en voyage à Londres, le manoir est cerné par des brumes lourdes de menaces… Spectres, ou espions prêts à tout pour mettre la main sur le précieux engin ? Nouvelles machines, complots internationaux, têtes couronnées, expéditions au-delà de l’espace… La course à l’éther est lancée, et la paix sur Terre est désormais entre les mains de Séraphin et des Chevalier de Mars !

Le petit résumé en début de livre permet de se remettre dans le bain (la lecture du tome précédent remonte à quelque temps déjà !!!). Pour les vrais fans qui aiment déguster, le mieux est encore de se caler confortablement dans son fauteuil fétiche pour relire les deux premiers tomes avant d’attaquer le troisième.

L’histoire est toujours aussi captivante, et donc fatalement bien trop courte… Entre complots, sciences, lutte pour le pouvoir et conquête de l’espace, elle ne mollit pas un seul instant. Le lecteur retrouvera avec grand plaisir ses personnages préférés, qui sont toujours aussi attachants (mais aussi courageux et déterminés !) et embarquera sans hésiter pour poursuivre cette aventure hors du commun. Il lui faudra toutefois être bien attentif pour intégrer le rythme dynamique et les nombreux détails “techniques”.

Tout cela est servi dans un écrin magnifique. L’objet livre est toujours aussi soigné avec des illustrations à la fois dynamiques et douces qui créent une ambiance extraordinaire. La couverture est aussi belle que les précédentes, avec sa couleur bien à elle.

Finalement, c’est juste dommage qu’il n’y ait pas deux tomes en 1 ! Ce tome 3 va d’ailleurs de paire avec le quatrième. Nous saurons donc seulement à la sortie de ce dernier si ce volet tient ses promesses. En refermant le 3, une chose est toutefois certaine : il y a de belles promesses et le suspense est à son comble !

Astrid Bromure 3 – Comment épingler l’enfant sauvage

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De Fabrice Parme
Paru chez Rue de Sèvres

Ses parents ne veulent pas agrandir la famille ? Astrid prend les choses en main. Elle embarque tout le monde en dirigeable pour une cueillette de plantes rares dans une  contrée lointaine peuplée d’enfants sauvages… à adopter !

Mais dans la jungle, le plus sauvage n’est pas toujours celui qu’on croit.

Astrid Bromure revient dans une aventure exotique. Fidèle à elle-même !

Sa nouvelle lubie fera voyager toute la famille au sens large car pour Astrid rien n’est impossible. Elle apprendra pourtant que certaines choses, comme l’amitié, ne s’achètent pas et doivent fonctionner à double sens. Ses parents feront quant à eux une expérience étonnante avec une tribu de pygmées.

Je vous livre un bout de dialogue que je trouve succulent. J’adore cet humour !

« Je n’entends rien à vos gazouillis. Ici votre argent ne nous serait d’aucune utilité.
– Mais quoi alors ?
– C’est la femme qui nous intéresse
– Moi ? M’échanger comme esclave ?
– Pas vous, la bien nourrie !
– Vous préférez une simple fille des cuisines à une richissime héritière ? Quelle faute de goût !
– Nous voulons ses secrets culinaires. »

Le scénario est toujours aussi drôle et frais. Il est palpitant et suffisamment fourni pour tenir le lecteur en haleine. Les niveaux de lecture multiples sont à même de satisfaire toute la famille sur plusieurs générations. J’ai trouvé l’ensemble un poil plus complexe que les précédents, il est donc peut-être préférable d’accompagner les plus petits dans cette lecture si l’on souhaite qu’ils en saisissent les subtilités.

Les illustrations vintage sont toujours aussi élégantes, pour un ensemble de qualité.

Kamarades tome 3 – Terre promise

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Scénario Benoît Abtey et Jean-Baptiste Dusséaux
Dessin et couleurs Mayalen Goust
Paru chez Rue de Sèvres

Russie, janvier 1920

La guerre civile ne faiblit pas. Héroïsme, massacres, trahison, angoisse, voilà le pain quotidien des soldats rouges et blancs. Bientôt, l’armée révolutionnaire gagne la Pologne et menace l’Europe tout entière. En France, le répit de la famille Romanov tourne court, Voldia et Ania ne semblent point devoir connaître de paix. Pour protéger les leurs, nos héros se lancent une nouvelle fois dans la bataille, au risque de retomber dans les griffes de Staline.

 

Il s’agit du troisième et dernier tome de cette série.
L’intrigue démarre directement, il est donc préférable d’avoir lu les tomes précédents avant de se lancer…

La magie opère à nouveau très vite, les superbes illustrations dynamiques et délicates à la fois happent le lecteur. La couverture est tout aussi saisissante et réussie que celles des tomes précédents. Le récit n’est pas en reste, avec des péripéties qui font de ce dernier volet une aventure à part entière et non seulement une conclusion. La fin est très bien amenée, réservant sa part de suspense ultime.

Le mélange habile de fiction et de faits historiques fonctionne très bien. Il faut dire que le sort mystérieux des Romanov est un terreau de choix…

Un bruit étrange et beau

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De Zep
Paru chez Rue de Sèvres

La mort m’a fait si peur ce jour-là, que j’ai voulu croire en un Dieu plus fort qu’elle. Et j’ai fini par choisir une vie voisine de la mort. Pour m’habituer.

Ce roman graphique happe le lecteur dès les premières pages. Séduit par l’élégance, la finesse et les couleurs des illustrations, celui-ci est immédiatement intrigué par ce texte économe mais tellement fort. Un texte qui va à l’essentiel tout en laissant des zones de mystère. Le récit démarre d’ailleurs sans texte. Celui entre en scène plus tard, d’abord avec parcimonie, puis de plus en plus présent pour accompagner l’histoire et le cheminement de William.

William a choisi de devenir moine. Il a fait voeu de pauvreté, de chasteté et de silence. Ses journées s’égrènent, semblables les uns aux autres, dans la paix et le silence, au point qu’il ne sait plus depuis combien d’années il se trouve là.

Pourtant, le décès de sa tante, qui désapprouvait sa décision, l’obligera à sortir de sa tanière. Il sera confronté à sa vie passée, à ses souvenirs, au tumulte de la ville, à la réalité et à une nouvelle rencontre.

Une histoire tellement humaine, racontée avec beauté et simplicité, sur la vie, l’amour, la mort… Accompagnée d’illustrations magnifiques, tendres et sobres. Elles se combinent pour nous offrir une immersion dans une atmosphère un peu hors du temps, un peu hors du commun.

C’est un très bel album sensible et plein de délicatesse, qui fait beaucoup de bien. Un petit bijou.

Le journal d’Aurore – Jamais contente, toujours fâchée…

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jamais-contente-toujours-facheeScénario Marie Desplechin et Agnès Maupré
Illustrations Agnès Maupré
Colorisation Grégory Elbaz
Paru chez Rue de Sèvres

Jeune fille seule comme un rat, affligée d’un physique monstrueux et d’une famille ennuyeuse, certainement athée, probablement lesbienne, cherche jeune homme pour l’aimer à la folie…

Aurore a deux soeurs qui la détestent, les parents les plus insignifiants possible, une aversion avérée pour toute forme d effort scolaire, pas de passion identifiée… autant dire, dans l ensemble, une vie moins passionnante que celle du rat taupe des plateaux d Abyssinie. Heureusement, dans ce tableau sombre d une vie d ado de 3e, il y a Lola, son amie qui habite en face et la comprend, elle. Enfin, ça dépend des jours. Et puis le nouveau demi-frère de Lola, Marceau, élément perturbateur notoire. La vie n est décidément pas un long fleuve tranquille à 14 ans et vaut bien les pages d un journal.

Les adaptations de romans ne sonnent pas toujours juste. Ici, on croirait que ce récit a toujours été un roman graphique. Ça passe très bien !

L’histoire est criante de vérité et dépeint avec justesse cet âge charnière où rien ne va et tout nous ennuie. L’âge où les autres importent peu mais leur regard conditionne finalement beaucoup, l’âge où on n’a pas envie de faire des efforts. Mal dans sa peau, Aurore ne sait pas trop où elle va mais elle sait ce qu’elle ne veut pas, enfin elle croit. C’est une héroïne au caractère bien trempé, qui fait parfois sourire le lecteur avec ses prises de position tranchées.
Les illustrations rendent à merveille cet état entre deux, avec des personnages très expressifs et des compositions bien vues. Les couleurs choisies apportent fraîcheur et dynamisme.

Petite mention spéciale à la “mémé” qui comprend mieux ses petites filles ados que leurs propres parents.

Les rêves dans la maison de la sorcière

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lesrevesdanslamaisonDe Mathieu Sapin et Patrick Pion d’après une histoire de Lovecraft
Paru chez Rue de Sèvres

Le héros de cette histoire est un étudiant en mathématiques, qui vit dans une chambre de bonne d’un quartier similaire au quartier latin parisien. Les rumeurs disent que sa mansarde fut occupée, deux siècles plus tôt, par une vieille femme jugée sorcière par ses contemporains, capable de voyager dans différentes dimensions du réel, et dont l’esprit n’aurait pas tout à fait quitté les lieux. Notre narrateur, à l’esprit aiguisé et fatigué par ses études poussées, fait des rêves de plus en plus étranges. Perd-il totalement pied ou a-t-il trouvé le chemin, guidé par cette sorcière, vers la contrée des rêves ?

Il s’agit de l’adaptation graphique d’un texte de Lovecraft.
On parle sciences, notamment de mathématiques à haut niveau et mysticisme.
Le scénario me fait penser à un Hitchcock. Ça démarre tranquillement avec des histoires de vieille femme et une maison bizarre et ça finit par flanquer franchement la frousse. On plonge si bien avec le héros dans sa folie ou ses rêves qu’on ne sait plus trop bien qui est qui et où on est… L’angoisse monte crescendo. Le lecteur est pris dans le récit comme le personnage principal est pris dans ses rêves (ou peut-être devrait-on plutôt les appeler cauchemars ?). C’est très bien fait !

Les illustrations accompagnent parfaitement le scénario, sombres, dynamiques, avec des plans audacieux qui installent un sentiment d’égarement, de tension et d’angoisse montante. Les illustrations simplement crayonnées contribuent à renforcer encore cet effet. Elles rendent parfaitement l’ambiance, à la frontière du réel et de l’imaginaire.

L’ensemble est une parfaite réussite.