Category Archives: Romans graphiques & BD

Le roman de Mélusine

Standard

MelusineDe Jean-Pierre Tusseau
Paru chez L’Ecole des loisirs

Dans une traduction nouvelle en français moderne, la légende poitevine de la fée à queue de serpent permet d’aborder le Moyen Âge dans sa diversité (chevalerie, architecture,image du moine, etc.) et de retrouver les thèmes du merveilleux, du monstre et de la métamorphose.
Elle est présentée ici dans la seule édition destinée aux collégiens actuellement disponible.

Très intéressant. Je n’avais jamais pris la peine de lire le roman. Cette version abrégée travaillée, assortie de quelques explications sur l’histoire de la région, ses légendes, le contenu du roman et la méthode de travail utilisée pour sa réalisation est parfaite pour aller à l’essentiel.

Le texte est clair et concis, facile à lire malgré l’ancienneté du récit et tout à fait abordable. L’histoire de Mélusine et de ses fils est quant à elle étonnante et vaut la peine d’être lue.

Cette collection des textes classiques abrégés est vraiment bien faite.

Waldo

Standard

WaldoDe Lorraine Les Bains
Paru aux Editions Lapin

Un homme, Waldo Maelfait, immense vedette de la chanson française, est assassiné à son domicile. Derrière les murs de leurs maisons, des personnages hypocrites, passionnés, furieux, insupportables, dépressifs, débiles et qui n’ont apparemment rien à voir ensemble, réagissent à ce décès.
En espionnant de maison en maison, et sans jamais voir le moindre personnage, le lecteur découvre progressivement les liens qui se dessinent entre eux, jusqu’à l’identité du tueur.

Trouver un bon policier en BD, c’est pas évident. En trouver un qui se démarque l’est encore moins. Waldo réussit ce pari haut la main. Ce roman graphique se distingue par son originalité. Le lecteur est baladé d’une maison (extraordinaire) à l’autre, sans trop savoir où on veut en venir, jusqu’à ce que le puzzle commence à s’assembler.
L’intérêt de ce procédé, c’est qu’on peut espionner en toute impunité. On devient des oreilles discrètes, qui peuvent accéder à tous les secrets d’alcôve ou de salon. Les personnages sont invisibles mais ici chacun s’exprime sans masque et c’est assez édifiant ! L’absence de personnages physiques ne nuit en rien, bien au contraire. On en apprend beaucoup sur eux à travers leurs dialogues (sans retenue), Lorraine Les Bains se payant le luxe d’une sympathique critique sociale étendue au passage. Par ailleurs, le souci du détail dans le dessin des maisons en dit long sur ses habitants. C’est un peu comme une enquête dans l’enquête, une cerise sur le gâteau…

Avec une bonne dose d’humour noir et des illustrations hautes en couleur, Waldo fait mouche !

Le château des étoiles, tome 5 : de Mars à Paris

Standard

ChateauDesEtoiles5D’Alex Alice
Paru chez Rue de Sèvres

Planète Mars, 1873 : Séraphin et ses amis escortent la Princesse et son peuple à travers les hauts plateaux. La colonne de martiaux fuit l’invasion prussienne, et espère trouver refuge au-delà des terres interdites du pôle de Mars. Mais les phénomènes étranges se multiplient, et les aigles de guerre de Bismarck menacent… Poussés au bord du désespoir, leur salut viendra-t-il des reliques d’une antique civilisations martienne, ou d’une alliance plus pragmatique avec le tout nouvel empire interplanétaire de Napoléon III ?

Voici le premier tome du troisième cycle, placé sous le signe de la couleur verte. Je parle ici du format album (qui correspond, il me semble aux gazettes 13 à 16). L’objet reste très soigné, avec sa couverture effet toilé, son vernis sélectif, son format respectable et une couverture sublime qui garde bien l’esprit des précédentes. Si certaines maisons d’édition ne se préoccupent pas trop du “suivi de collection” ou de l’apparence, ici c’est tout le contraire, avec un grand souci de détail et un parfait sens de l’esthétique.

Les illustrations intérieures sont toujours aussi enchanteresses. La mise en couleur à l’aquarelle directement sur les crayonnés est d’une douceur incroyable et offre de belles planches, très lumineuses.

Venons-en au contenu. Le début est un peu fouillis avec énormément d’infos, pour poursuivre l’aventure martienne. Tout se bouscule. Pour autant, on retrouve cette ambiance martienne avec plaisir et on renoue avec le fil de cette aventure assez facilement finalement. Il était nécessaire de passer encore un peu de temps sur Mars pour clôturer cette partie en beauté, c’est donc chose faite (et bien faite).

La transition avec le retour à Paris est un peu trop brutale à mon goût (Pourquoi pas un HS sur cette partie plus tard !!!!). Mais ensuite, l’action est au rendez-vous. Les événements s’enchaînent, avec leur lot de surprises. Le mélange entre la science-fiction et l’Histoire reste très convaincant (Nous croiserons ici Napoléon III), donnant encore plus de corps et de crédibilité au récit. Les personnages sont quant à eux toujours aussi attachants et semblent même gagner en maturité.

Cette seconde partie parisienne relance complètement l’intrigue. On passe à autre chose, le rythme est soutenu et le nouveau personnage de la journaliste très sympa. Bref, le lecteur est happé, la magie de ce nouveau tome fonctionne toujours aussi bien, sans faiblir et on attend le prochain avec impatience, sans savoir s’il clôturera la saga ou nous emmènera vers d’autres horizons (après tout, pourquoi pas ?). Une perspective plutôt réjouissante, bien évidemment…

C’était mieux avant

Standard

Mieux avantDe Soledad Bravi et Hervé Eparvier
Paru chez Rue de Sèvres

Vous êtes né(e) sous Pompidou ou sous Giscard ? Vous avez bu du Tang et croqué des Treets ? Vous connaissez le numéro de téléphone de Guy Darbois et la recette du gloubi-boulga ? Alors ce livre est pour vous !

Il s’agit d’une succession de situations sous forme de gags (softs). Évidemment, c’est drôle en soi, pas la peine d’en faire des tonnes à côté. Les personnes de la tranche d’âge cible reconnaîtront des situations, des objets, des activités, voire retrouveront des choses oubliées. Finalement, c’est un parallèle entre cette époque et celle que nous vivons et le décalage est amusant. Le tour d’horizon est assez complet. C’est plaisant à lire et relire pour profiter des petits détails, et pourquoi pas à offrir.

Violette Hurlevent et le jardin sauvage

Standard

Violette HurleventDe Paul Martin et JP Bourgois
Paru chez Sarbacane

Le jour où Violette Hurlevent doit fuir la maison de sa mère, elle pénètre dans le Jardin sauvage, un lieu dont personne ne connaît l’origine. Elle découvre un univers immense, caché aux autres humains et peuplés d’êtres aux coutumes étranges, où les loups parlent et les pierres s’animent. Mais l’endroit recèle également de nombreux périls que la fillette affronte avec son chien Pavel.

Un roman hybride mi-BD mi-roman assez gros mais qui se lit vite. Le récit est très original, malgré le thème du monde imaginaire, et entraînant. Les péripéties s’enchaînent à un rythme soutenu. Le danger est bien présent, on est sur quelque chose de sérieux ! Un vrai roman d’aventure palpitant. L’univers est suffisamment riche pour être intéressant. Ce jardin sauvage, qui porte bien son nom, est un endroit extraordinaire et passionnant.
La jeune Violette est quant à elle courageuse et persévérante. Des valeurs telles que le courage et la loyauté sont essentielles pour mener sa mission à bien, là où sa prédécesseure a échoué. L’échec est donc une éventualité et cela fait du bien à lire puisque c’est aussi le cas dans la vraie vie ! Cela donne encore plus de corps à l’histoire.
On est ici également sur une forme de récit initiatique. Violette va évoluer, devoir vaincre ses peurs pour avancer, faire des choix. Elle en apprendra également plus sur sa famille.

Je sors de cette lecture mitigée : je ne suis pas arrivée à m’attacher à l’héroïne avant la dernière partie. Du coup je n’ai pas été transportée malgré un récit dynamique et original. Heureusement, l’aventure devient plus palpitante après le premier quart et le lien entre la réalité et l’imaginaire devient plus concret sur le dernier tiers, parallèle qui a su me séduire.
J’en avais entendu énormément de bien, peut-être trop, du coup je suis tout de même un peu déçue par cette lecture… C’est malgré tout un livre qui mérite d’être lu et qui ne s’oublie ensuite pas facilement.

Ceux qui restent

Standard

Ceux qui restentDe Josep Busquet et Alex Xoul
Paru chez Delcourt

Lorsque Ben disparaît, ses parents préviennent la police. Mais le jeune garçon est en fait parti affronter les dangers de son royaume imaginaire. A son retour, personne ne le croit et il disparaît de nouveau. Seule une association regroupant des parents vivant les mêmes événements est en mesure de venir en aide à cette famille.

On pourrait initialement penser qu’il s’agit d’une BD jeunesse mais ce n’est pas le cas. Son thème principal est le passage de l’enfance à l’âge adulte.

Ben aime tendrement ses parents mais il ne peut s’empêcher de partir et repartir pour vivre sa vie et ses rêves d’enfant. Même si on peut lui donner raison (puisque nous savons nous que l’enfance ne dure pas), on ne peut s’empêcher de plaindre ses parents que ces disparitions répétées éprouvent au plus haut point. Car ici nous ne vivons pas d’aventures mais restons avec “ceux qui restent” et c’est dur. Pour autant, le lecteur cautionnera t-il les efforts déployés par les parents pour que leur fils ne reparte plus ? Où sont les limites supportables de l’entrave à la liberté et d’une certaine forme d’égoïsme ? Où est la part d’enfant des adultes ? Autant de questions abordées, effleurées ou suggérées dans cet album. Tout cela pour arriver à une série de grandes questions finales : pourquoi est-ce douloureux de quitter l’enfance et devenir adulte ? Et pourquoi les adultes ne cultivent-ils pas leur vieille âme d’enfant ?
Evidemment, cela amène à se poser tout un tas de questions existentielles, réflexion que cette période de confinement ne peut que favoriser…

Voilà comment une jolie BD évoquant Peter Pan au départ en toute légèreté finit par nous retourner le cerveau !

L’histoire est sympa, bien que triste et finalement assez sombre. Elle est surtout vraiment bien vue et les illustrations aux couleurs douces sont très belles. C’est donc le support parfait pour mener à bien cette introspection ou réflexion plus générale, selon les envies et le ressenti de chacun.

Graines de bandits

Standard

Graines de banditsDe Yvon Roy
Paru chez Rue de Sèvres

Nous sommes en Amérique et le calendrier affiche 1973. Par ici, la modernité vient tout juste d’arriver. Pourtant, il suffit de s’éloigner de la ville de quelques centaines de kilomètres pour reculer de plusieurs décennies. Tout est contraste, tout est neuf ou inexploré, tout semble possible. C’est dans ce contexte que deux jeunes parents quittent la ville avec leurs deux fils pour s’installer en campagne dans le but avoué de fuir la modernité. Cependant, rien ne se passe comme prévu et le climat familial se détériore rapidement. La seule option pour les deux frères est de fuir. Fuir chaque jour les violences parentales vers les champs et les bois, pour s’inventer une autre existence. Dans ce petit village perdu, à force d’aventures, de mauvais coups et d’amours d’été, c’est toute la vie qui leur sera révélée.

L’histoire s’ouvre sur un moment sympathique passé en famille. Une quête d’idéal.
Malheureusement, cet instant de bonheur cède vite la place à une situation moins réjouissante. Petit à petit, par touches subtiles, avec une grande délicatesse, l’auteur nous dévoile la dérive de cette famille jusqu’à l’enfer.

Les deux garçons choisissent les non-dits et préfèrent se réfugier dans leur imaginaire pour se persuader que tout va bien. Nous les suivrons donc dans leur quotidien, à l’extérieur, où ils sont livrés à eux mêmes. Pour eux, la vraie vie se passe dehors, la vraie vie se fantasme.

L’auteur raconte tout cela avec pudeur mais sans détours. L’équilibre du texte et du récit sont parfaits. Les illustrations sont quant à elles agréables, même si j’aurais préféré qu’elles soient en couleur.

Ce roman graphique est pour moi une vraie réussite. L’auteur aborde un sujet très dur avec une grande sensibilité, ce qui permet de le mettre entre toutes les mains.

Narcisse 2 et 3

Standard

De Chanouga
Paru aux éditions Paquet

Narcisse2Tome 2 – Terra Nullius

Qu’est-il advenu du jeune Narcisse, naufragé du Saint-Paul, abandonné aux antipodes de sa Vendée natale, laissé pour mort par ses compagnons d’infortune sur les rives Nord inexplorées de la Terra Nullius… aux portes d’un monde méprisé et redouté par ses contemporains ?
Le 30 septembre 1858, à 14 ans et 9 mois, Narcisse Pelletier, mousse de Saint-Gilles-sur-Vie, meurt sur les plages du Cap Direction, pour laisser place à Amglo, Aborigène Uuntaalnganu.

Ce tome relate le sauvetage de Narcisse par les arborigènes, son adaptation à un nouveau mode de vie, sa transformation. On le voit lentement prendre sa place, faire ses preuves et se créer une nouvelle vie. C’est un tome lumineux et positif dont la chute est d’autant plus brutale puisqu’Amglo est arraché à sa terre d’adoption.

Narcisse3Tome 3 – Vents contraires

Le 20 décembre 1875, Narcisse Pelletier, 31 ans, débarque à Toulon. Il a été ramené d’Océanie après avoir passé dix-sept ans auprès d’une famille aborigène. La foule curieuse l’observe, alors que les journaux le surnomment le sauvage blanc. Pour une France marquée par le colonialisme triomphant, il a commis l’impardonnable en abandonnant sa culture et sa civilisation.

Ce troisième volet aborde le retour de Narcisse. Dix-sept ans ont passé et surtout, il ne souhaitait pas retrouver sa vie antérieure. Il n’a pas demandé à être entravé par un tas de règles qu’il ne comprend plus et ne maîtrise pas. Il souffre et personne ou presque ne le voit. Pourtant il doit s’adapter car il n’a pas le choix. Le récit du retour au pays et à une vie “normale” est dur. On ne peut que ressentir la détresse de Narcisse et le regarder se débattre avec une boule dans la gorge.

La trilogie Narcisse nous livre une belle histoire. Sur la base de la vraie histoire de Narcisse, Chanouga brode avec style sa version des faits. Le texte va à l’essentiel, il raconte simplement et nous laisse réfléchir et juger, tout en gardant une part de mystère. Les images sont quant à elles grandioses et apportent énormément de poésie à cette aventure romanesque. Au-delà du récit lui-même, le lecteur peut être amené à s’interroger sur la liberté, les choix de vie, le respect de l’autre.

Béatrice

Standard

BeatriceDe Joris Mertens
Paru chez Rue de Sèvres

Béatrice prend chaque jour le train pour se rendre au travail. Dans la cohue de la gare, un sac à main rouge attire son attention. Jour après jour, à chaque passage dans la gare, il semble l’attendre. Succombant à sa curiosité dévorante, Béatrice, en emportant l’objet chez elle, ouvre les portes d’un monde nouveau…

Avec son grand format, sa couverture fourmillante de détails, son personnage rouge et son titre énigmatique, cette BD interpelle. On a immédiatement envie de la prendre en main. La quatrième de couverture n’est pas en reste pour finir de titiller le lecteur.
L’intérieur nous réserve une surprise de taille : il s’agit d’une BD sans texte ! C’est un pari audacieux relevé ici par l’illustrateur. Raconter une vraie histoire avec la seule force des images, ce n’est pas facile. Pari tenu ici car on suit le fil du récit sans problème. Celui-ci se déroule avec fluidité et ne souffre pas de l’absence de mots. Pour autant,  il est difficile de saisir un message sous-jacent en particulier. Volontairement, peut-être ? L’auteur semble avoir privilégié le récit, l’émotion et la poésie, mais aussi favorisé la suggestion, entretenant un certain mystère et laissant chacun libre d’interpréter ce récit à sa manière.

Les illustrations ultra détaillées sont éclatantes, avec cette dominante rouge magnifique qui sublime le tout et met le personnage principal en valeur. C’est un régal pour les yeux et l’imagination !

Miss Charity tome 1 – L’enfance de l’art

Standard

Miss CharityDe Loïc Clément et Anne Montel, d’après le roman de Marie-Aude Murail
Paru chez Rue de Sèvres

En 1880, Charity est une petite fille de la bonne société anglaise. Endeuillée par la mort de ses petites soeurs, sa famille lui accorde peu d’attention ; aussi se réfugie-t-elle auprès de sa bonne, Tabitha. Elle élève également des souris dans la nursery, dresse un lapin, étudie des champignons au microscope et apprend Shakespeare par coeur, espérant qu’un jour quelque chose rompra sa solitude.

N’ayant pas lu le roman de Marie-Aude Murail, je ne peux juger de la fidélité à celui-ci. Ce premier tome traite la tendre enfance de Charity. Avec des illustrations aux couleurs douces et des planches dans un esprit botanique naturaliste, ce roman graphique est très séduisant. La couverture raconte à elle seule une véritable aventure. Les illustrations foisonnent de détails, y compris celles qui ne concernent pas les sciences naturelles mais le fil de l’histoire.

Le récit sait rester simple et authentique tout en étant rythmé, intelligent et plein d’humour. Le propos est passionnant. L’ambiance est très sympa et on s’attache très vite à Charity, enfant solitaire et timide mais pleine d’allant.

C’est une très belle collaboration fine et délicate, pour une histoire pleine de tendresse et que l’on ait lu ou non le roman, cette adaptation graphique vaut le détour.