Category Archives: Romans graphiques & BD

Kamarades tome 3 – Terre promise

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Scénario Benoît Abtey et Jean-Baptiste Dusséaux
Dessin et couleurs Mayalen Goust
Paru chez Rue de Sèvres

Russie, janvier 1920

La guerre civile ne faiblit pas. Héroïsme, massacres, trahison, angoisse, voilà le pain quotidien des soldats rouges et blancs. Bientôt, l’armée révolutionnaire gagne la Pologne et menace l’Europe tout entière. En France, le répit de la famille Romanov tourne court, Voldia et Ania ne semblent point devoir connaître de paix. Pour protéger les leurs, nos héros se lancent une nouvelle fois dans la bataille, au risque de retomber dans les griffes de Staline.

 

Il s’agit du troisième et dernier tome de cette série.
L’intrigue démarre directement, il est donc préférable d’avoir lu les tomes précédents avant de se lancer…

La magie opère à nouveau très vite, les superbes illustrations dynamiques et délicates à la fois happent le lecteur. La couverture est tout aussi saisissante et réussie que celles des tomes précédents. Le récit n’est pas en reste, avec des péripéties qui font de ce dernier volet une aventure à part entière et non seulement une conclusion. La fin est très bien amenée, réservant sa part de suspense ultime.

Le mélange habile de fiction et de faits historiques fonctionne très bien. Il faut dire que le sort mystérieux des Romanov est un terreau de choix…

Famille nombreuse

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De Chadia Loueslati
Paru chez Marabulles (Marabout)

Chadia raconte le départ de son père vers la France, puis le quotidien d’une famille d’immigrés au fur et à mesure que la fratrie s’agrandit.

 

Ce roman graphique, je l’attendais avec impatience… Parce que figurez-vous que j’ai la chance de connaître un peu la formidable Chadia ! Une sacré personnalité équipée d’un coeur en or massif… J’avais donc eu un petit aperçu du livre en super avant-première et j’avais adoré.

Eh bien je n’ai pas été déçue. Il s’agit peut-être d’un premier roman graphique, mais il a tout d’un grand. Le graphisme est élégant et dynamique. Il vient efficacement renforcer les traits d’humour.  Et des traits d’humour, il y en a ! Le récit est traité avec énormément d’humour, c’est aussi ce qui fait sa force.

Heureusement, parce qu’il n’y a rien de plus ennuyeux qu’un récit autobiographique linéaire et factuel. Alors que là on a une tranche de vie mais aussi une bonne tranche de rigolade : les coquillettes ET le beurre ! Bref, c’est raconté avec brio.

Du coup, on passe un excellent moment et on se retrouve même projetés en arrière. Parce que même si notre enfance a été différente, il y a des choses qui font tilts, genre l’arrivée du téléphone filaire : la révolution capitale !!!

Et en plus, c’est multigénérationnel. Au départ, je pensais le prêter à ma collégienne uniquement et puis finalement Numérobis s’est approché genre “kessketulis ???”. Il me l’a chipé à la première occasion et l’a apprécié à la hauteur de ses 9 ans.

Vous l’aurez compris, c’est un coup de coeur !

 

Un bruit étrange et beau

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De Zep
Paru chez Rue de Sèvres

La mort m’a fait si peur ce jour-là, que j’ai voulu croire en un Dieu plus fort qu’elle. Et j’ai fini par choisir une vie voisine de la mort. Pour m’habituer.

Ce roman graphique happe le lecteur dès les premières pages. Séduit par l’élégance, la finesse et les couleurs des illustrations, celui-ci est immédiatement intrigué par ce texte économe mais tellement fort. Un texte qui va à l’essentiel tout en laissant des zones de mystère. Le récit démarre d’ailleurs sans texte. Celui entre en scène plus tard, d’abord avec parcimonie, puis de plus en plus présent pour accompagner l’histoire et le cheminement de William.

William a choisi de devenir moine. Il a fait voeu de pauvreté, de chasteté et de silence. Ses journées s’égrènent, semblables les uns aux autres, dans la paix et le silence, au point qu’il ne sait plus depuis combien d’années il se trouve là.

Pourtant, le décès de sa tante, qui désapprouvait sa décision, l’obligera à sortir de sa tanière. Il sera confronté à sa vie passée, à ses souvenirs, au tumulte de la ville, à la réalité et à une nouvelle rencontre.

Une histoire tellement humaine, racontée avec beauté et simplicité, sur la vie, l’amour, la mort… Accompagnée d’illustrations magnifiques, tendres et sobres. Elles se combinent pour nous offrir une immersion dans une atmosphère un peu hors du temps, un peu hors du commun.

C’est un très bel album sensible et plein de délicatesse, qui fait beaucoup de bien. Un petit bijou.

Le journal d’Aurore – Jamais contente, toujours fâchée…

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jamais-contente-toujours-facheeScénario Marie Desplechin et Agnès Maupré
Illustrations Agnès Maupré
Colorisation Grégory Elbaz
Paru chez Rue de Sèvres

Jeune fille seule comme un rat, affligée d’un physique monstrueux et d’une famille ennuyeuse, certainement athée, probablement lesbienne, cherche jeune homme pour l’aimer à la folie…

Aurore a deux soeurs qui la détestent, les parents les plus insignifiants possible, une aversion avérée pour toute forme d effort scolaire, pas de passion identifiée… autant dire, dans l ensemble, une vie moins passionnante que celle du rat taupe des plateaux d Abyssinie. Heureusement, dans ce tableau sombre d une vie d ado de 3e, il y a Lola, son amie qui habite en face et la comprend, elle. Enfin, ça dépend des jours. Et puis le nouveau demi-frère de Lola, Marceau, élément perturbateur notoire. La vie n est décidément pas un long fleuve tranquille à 14 ans et vaut bien les pages d un journal.

Les adaptations de romans ne sonnent pas toujours juste. Ici, on croirait que ce récit a toujours été un roman graphique. Ça passe très bien !

L’histoire est criante de vérité et dépeint avec justesse cet âge charnière où rien ne va et tout nous ennuie. L’âge où les autres importent peu mais leur regard conditionne finalement beaucoup, l’âge où on n’a pas envie de faire des efforts. Mal dans sa peau, Aurore ne sait pas trop où elle va mais elle sait ce qu’elle ne veut pas, enfin elle croit. C’est une héroïne au caractère bien trempé, qui fait parfois sourire le lecteur avec ses prises de position tranchées.
Les illustrations rendent à merveille cet état entre deux, avec des personnages très expressifs et des compositions bien vues. Les couleurs choisies apportent fraîcheur et dynamisme.

Petite mention spéciale à la “mémé” qui comprend mieux ses petites filles ados que leurs propres parents.

Fais ta BD avec mortelle Adèle

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mortelleadeleDe Mr Tan et Diane le Feyer
Paru chez Tourbillon

Tu as envie de réaliser tes propres BD, mais tu n’es pas sûr de savoir comment faire ?
Aussi vrai que je m’appelle Mortelle Adèle, je vais te donner un coup de main… Avec tes idées et mes conseils, crois-moi, on va faire des étincelles !
Taille ton crayon, prépare tes feuilles et, surtout, ouvre grand les yeux…

Adèle ne ment pas, ce kit propose tout ce qu’il faut pour se lancer dans la BD : un livret explicatif bien fait, un gaufrier pour tracer des cases sur une feuille, des pochoirs avec des bulles de formes différentes, quelques éléments de décor et des silhouettes.

C’est très complet et suffisamment simple pour une mise en œuvre immédiate, sans qu’il soit nécessaire d’aider l’enfant. Il suffit de lui fournir des feuilles et de laisser son imagination faire le reste. Le mortel manuel aborde la création au sens général du terme et les métiers liés à la bande-dessinée. Il donne également de précieux conseils pour se lancer : scénario, illustrations, dialogues, découpage. Le texte est suffisamment simple pour être compris tout en étant bien détaillé et imagé. Enfin, le format est sympa : on range tout dans les petits compartiments prévus, on met le chouette élastique et hop on peut l’emmener partout.

Parfait pour les fans de mortelle Adèle et de BD !

Les rêves dans la maison de la sorcière

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lesrevesdanslamaisonDe Mathieu Sapin et Patrick Pion d’après une histoire de Lovecraft
Paru chez Rue de Sèvres

Le héros de cette histoire est un étudiant en mathématiques, qui vit dans une chambre de bonne d’un quartier similaire au quartier latin parisien. Les rumeurs disent que sa mansarde fut occupée, deux siècles plus tôt, par une vieille femme jugée sorcière par ses contemporains, capable de voyager dans différentes dimensions du réel, et dont l’esprit n’aurait pas tout à fait quitté les lieux. Notre narrateur, à l’esprit aiguisé et fatigué par ses études poussées, fait des rêves de plus en plus étranges. Perd-il totalement pied ou a-t-il trouvé le chemin, guidé par cette sorcière, vers la contrée des rêves ?

Il s’agit de l’adaptation graphique d’un texte de Lovecraft.
On parle sciences, notamment de mathématiques à haut niveau et mysticisme.
Le scénario me fait penser à un Hitchcock. Ça démarre tranquillement avec des histoires de vieille femme et une maison bizarre et ça finit par flanquer franchement la frousse. On plonge si bien avec le héros dans sa folie ou ses rêves qu’on ne sait plus trop bien qui est qui et où on est… L’angoisse monte crescendo. Le lecteur est pris dans le récit comme le personnage principal est pris dans ses rêves (ou peut-être devrait-on plutôt les appeler cauchemars ?). C’est très bien fait !

Les illustrations accompagnent parfaitement le scénario, sombres, dynamiques, avec des plans audacieux qui installent un sentiment d’égarement, de tension et d’angoisse montante. Les illustrations simplement crayonnées contribuent à renforcer encore cet effet. Elles rendent parfaitement l’ambiance, à la frontière du réel et de l’imaginaire.

L’ensemble est une parfaite réussite.

Kamarades 2 – Tuez les tous !

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kamarades2Scénario Benoît Abtey et Jean-Baptiste Dusséaux
Illustrations Mayalen Goust
Paru chez Rue de Sèvres

La révolution a fait place à la guerre civile. Armée rouge et Armée blanche se lancent dans un complot sans merci qui déchire la Russie. La victoire est encore incertaine.
Voldia parviendra-t-il à braver tous les dangers pour sauver celle qu’il aime sans pour autant renoncer à ses idéaux ?
Entre amour, drame et magnificences politiques se noue un grand récit.
L’histoire se met en marche sous nos yeux.

Ce tome 2 reprend l’histoire exactement où le premier tome s’était arrêté. Il ouvrira également la voie au troisième.
Quelques pages et un battement de cœur plus tard, on est de nouveau au cœur de l’action.

Les scénaristes ont pris le parti de se détacher de l’Histoire et de créer la leur. Pourquoi pas. Le lecteur est toutefois invité à creuser les références historiques pour mieux garder le fil.
Les illustrations sont toujours aussi belles. Les découpages dynamiques et les couleurs superbes portent le récit, lui donnant plus de profondeur et de romanesque.
La couverture est aussi réussie que celle du premier tome. Mystérieuse et saisissante, elle ne peut que donner envie d’ouvrir le livre !